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Après Copenhague : méfions nous des faux prophètes et des illusionnistes !

  • Publié le 19 décembre 2009
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Après Copenhague : méfions nous des faux prophètes et des illusionnistes !

Tout ça pour ça !
Copenhague avait soulevé de grands espoirs. Hélas, le processus engagé en 1992 à Rio a paru à bout de souffle, la mécanique onusienne a semblé rouillée et impuissante alors que les diplomates passaient leur temps à se quereller et se révélaient incapables de rédiger des textes compréhensibles. Résultat : une simple déclaration d'intentions qui reconnait que l'on doit limiter le réchauffement planétaire à 2°, déclaration qui n'est pas même (encore ?) avalisée par tous les pays. Sur la table, aucun engagement, aucun chiffres significatifs, aucune contrainte.

Ces négociations auront toutefois permis de vérifier que désormais la partie va essentiellement se jouer entre les Etats-Unis et la Chine qui sont apparus pragmatiquement d'accord à la fois pour agir, ce qui est un immense progrès, et pour refuser les contraintes du type de celles qu'affectionne l'Europe dont la passivité fut d'ailleurs remarquable.

On accuse la Chine d'être le plus grand pollueur de la planète et d'être responsable de l'échec de la conférence. C'est vrai qu'avec 1,4 milliards d'habitants le Chine est le pays qui émet le plus de CO2. Mais si, en toute justice, on se réfère à la quantité de CO2 par tête, les chinois émettent 4,25 tonnes de CO2 par tête, mais les Américains 19, les Allemands 10,2 , les Français 5,96 , les Indiens 1.1. Le but à atteindre pour tous, aux environ de 2050 est de 1,2 tonnes par tête. Ces données sont essentielles et on ne saurait exiger que les Chinois réduisent leurs émissions de la même façon que les Américains et les Européens. La seule manière d'aboutir à un accord général est de prendre en compte ces données avec justice.

Méfions-nous cependant d'un regard scotché sur l'actualité pour apprécier ce qui vient de se passer !

Prenons conscience de la force des égoïsmes et de la puissance des intérêts économiques qui se sont dissimulés derrière des formes souvent sournoises d'oppositions. Le soudain écho qu'à la veille de Copenhague l'active minorité qui conteste le GIEC et ses travaux a su trouver pourrait en témoigner. A ceux qui sont sensibles aux arguments de ces « sceptiques » rappelons quelques vérités acceptées par tous :

  • La présence naturelle de gaz à effet de serre (et au premier chef du CO2) dans l'atmosphère fait que la température moyenne de la planète est de 15 degrés alors qu'en leur absence elle ne serait que de moins 18 degrés (ce fait est reconnu par tous les « climato-sceptiques » à commencer par les plus célèbres en France comme le Pr.Vincent Courtillot)
  • Depuis 1800, la concentration du CO2 dans l'atmosphère a augmenté de plus de 30% et son rythme d'augmentation s'accélére Le travail des climatologues ne consiste pas à décrire une corrélation entre climat et gaz à effet de serre mais à décortiquer les processus en jeu., . Par quel miracle l'adjonction de ces gaz si importants pour réchauffer la terre et y permettre la vie n'aurait-elle pas une influence sur le climat, alors que la modélisation de ses effets donne des résultats en accord avec le réchauffement observé ?
  • Depuis 1900 la température moyenne du globe a augmenté de un degré environ. Pourquoi ce phçnomène ne se développerait-il pas dans le futur?

Nous ne pensons donc pas que le scepticisme que certains continueront d'afficher - et nous ne doutons pas nécessairement de leur bonne foi - puisse justifier de prendre le risque de ne rien faire. Nous avons ici un cas d'école où doit s'appliquer le principe dit de précaution.

Une augmentation de température supérieure à deux degrés en moyenne mondiale peut avoir des conséquences très sérieuses et hors du contrôle de l'humanité : augmentation sensible du niveau des océans ; relâchement de milliards de tonnes de méthane par le permafrost ou l'océan, conduisant à un accroissement brutal de l'effet de serre ; diminution de la capacité d'absorption du CO2 par l'océan ou les forêts. Nul ne peut exclure que se produisent alors ces phénomènes qui se traduiront par des problèmes majeurs d'adaptation pour l'humanité. Oui, il est plus que temps que nous agissions avec sérieux avant qu'il soit trop tard.

Aussi dangereux, sinon plus, que les sceptiques seront cependant ceux qui voudront nous faire croire que des actions plus ou moins en trompe-l'oeil régleront le problème. Le réalisme va s'imposer et il va falloir se méfier des semeurs d'illusions :

  • Illusion que de croire que la réduction de la consommation mondiale d'énergie suffira à atteindre ces pourcentages de réduction. S'il est vrai que la sobriété énergétique doit être activement recherchée, penser que les pays émergents pourraient ne pas augmenter – même modérément - leur consommation énergétique d'ici 2020 est bien illusoire, quand ce n'est pas volontairement trompeur.
  • Illusion de croire que les « nouvelles » énergies renouvelables (éolien et solaire en tête) pourront fournir plus de 10 à 15 % de l'énergie aussi longtemps que le problème du stockage de l'énergie ne sera pas résolu, ce qui ne sera certainement pas le cas avant 2020.
  • Il est possible que de grands progrès soient faits dans ces domaines d'ici 2050 mais il est illusoire et scandaleux de laisser entendre que cet espoir dispense de remplacer dès maintenant les centrales à charbon et à gaz émettrices de CO2 par des centrales électriques sans émission de carbone.
  • Illusion de croire que la capture et stockage du CO2 puisse être généralisée avant 2020. Mais vrai que le développement de cette technique doit devenir une forte priorité.
  • Illusion de penser que les pays émergents et en développement pourront augmenter leur production d'électricité sans augmenter leurs émissions de CO2 s'ils ne recourent pas à la production hydroélectrique de barrage.
  • Illusion de croire que les pays développés et émergents pourront réduire drastiquement leurs émissions de CO2 dans la production d'électricité sans recourir également massivement au nucléaire. Ici les semeurs d'illusion rejoignent les semeurs de peur viscérale du nucléaire. Illusion de considérer que l' « économie verte » puisse créer des emplois sans tenir compte de son coût de financement ni de la forte compétition dans une économie mondialisée.

En réduisant le pouvoir d'achat des ménages ces dépenses risquent en effet de provoquer plus de destructions d'emplois que de créations. Pour guider une stratégie de réduction des émissions il est donc essentiel de tenir compte du coût des mesures à prendre en se référant à celui du carbone évité. Continuer à ne pas le faire conduirait à un échec certain, nos moyens de lutte étant limités.

La réduction des émissions nécessaire pour stabiliser la concentration atmosphérique des GES ne sera à l'évidence pas atteinte si les semeurs d'illusions et de peurs réussissent à imposer leurs conceptions. Ils auront sacrifié l'avenir commun à leurs idéologies ou à leurs intérêts. Ils seront à la fois « responsables et coupables » aux yeux de nos enfants et petits enfants.

Nous pouvons cependant espérer que le réalisme finisse par s'imposer (conférences de Bonn et Mexico en 2010). Quand les actions finiront par remplacer les déclarations, quand les technocrates se dispenseront d'interférer sur les options technologiques et instaureront des systèmes efficaces de valorisation du carbone, alors, enfin, les efforts individuels des citoyens, la créativité des chercheurs alliés au dynamisme des entrepreneurs pourra donner sa pleine mesure et nous pourrons espérer traverser le gué dans lequel nous nous trouvons… si la nature nous en laisse le temps !

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