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Résumé critique d’une étude du RWI

Pierre BACHER
  • Electricité
  • Energie dans les transports
  • Eolien et solaire

 

Pierre BACHER : Résumé critique d'une étude du RWI1 « Economic impacts from the promotion of renewable energies : the German experience » - octobre 2009

 

Le RWI vient de publier une étude extrêmement sévère sur le système allemand de promotion des énergies renouvelables. Après avoir rassemblé les données sur les coûts et sur la réduction des émissions de CO2, l'étude analyse les impacts de la politique allemande dans cinq domaines :

  • La protection du climat
  • Le prix de l'électricité
  • Les emplois
  • La sécurité énergétique
  • La promotion de technologies innovantes.

Aucune des vertus supposées du système allemand n'échappe à sa critique. Nous en résumons ci-après les points essentiels, et nous les commentons (en italiques).

1. La protection du climat

Le paradoxe allemand : alors que les ENR remplacent effectivement des énergies fossiles pour la production d'électricité, le « bilan carbone » est quasi nul. Ceci est dû à la coexistence du système d'aides et du European Trading System (ETS)3 : les producteurs d'électricité renouvelables peuvent vendre leurs permis d'émissions à d'autres « pollueurs », avec comme résultat un transfert des émissions vers ceux-ci4. Pire, selon l'étude, l'abondance des permis fait chuter les cours et incite les industriels européens à acheter des permis plutôt qu'à réduire leurs émissions5. On notera que rapport de RWI ne calcule pas le volume des émissions qui auraient pu être évitées si les sommes consacrées presque en vain aux énergies renouvelables avaient été utilisées de façon plus efficace. En France, les ENR se substituent en grande partie à l'hydraulique fil de l'eau et au nucléaire, sans réduction des émissions de CO2. Mais elles se substituent aussi en partie à de l'électricité fossile, ce qui permet, comme en Allemagne, aux électriciens de revendre une partie de leurs permis d'émissions. La conclusion de RWI s'applique donc aussi, un peu, à la France.

2. Le prix de l'électricité

L'étude RWI chiffre le coût sur 20 ans de la promotion du solaire photovoltaïque (PV) et de l'éolien pour les engagements 2000 – 2010 (en € 2007)6 : Solaire PV : 53 milliards Eolien : 11 à 20 milliards selon que le tarif d'achat est dégressif après 5 ans ou constant pendant 20 ans

Elle en déduit un surcoût de l'électricité vendue aux consommateurs de 3 %7.

Pour la France, les ordres de grandeur des coûts du programme ENR issu du Grenelle de l'environnement sont pratiquement les mêmes8, avec un décalage de presque 10 ans par rapport à l'Allemagne, mais avec un risque encore plus grand d'emballement du solaire PV dû aux tarifs d'achat encore plus élevés que ceux qui ont provoqué la bulle espagnole de 2008, auxquels s'ajoutent de substantiels avantages fiscaux.

3. Les emplois

L'étude souligne le nombre élevé d'emplois créés par le développement massif des ENR (280 000 en 2008, 400 000 prévus d'ici 2020 selon le ministère de l'industrie allemand (BMU). Mais elle note que ces bilans omettent systématiquement les pertes d'emploi liées à la baisse de pouvoir d'achat9 des ménages et des profits des industriels. Elle cite un certain nombre d'études qui laissent penser que le bilan net ne pourrait être légèrement positif que si l'industrie allemande arrivait à exporter massivement ses produits10, ce qui est loin d'être le cas du fait de la très vive concurrence des pays asiatiques, au premier rang desquels la Chine. Elle critique particulièrement la politique de promotion du PV, qui reviendrait, pour la seule année 2008, à créer 48 000 emplois subventionnés à hauteur de 175 000 € chacun.

Pour la France, on peut craindre des effets encore plus pervers, compte tenu de la faiblesse de l'industrie face aux concurrents allemands et asiatique et au fait que le surcoût du PV y est encore plus élevé.11

4. La sécurité énergétique

Les ENR devraient normalement réduire les besoins d'énergies fossiles. L'étude conteste cet atout, du fait du caractère intermittent du vent et du soleil. Les centrales thermiques nécessaires en « back up » entraînent des surcoûts de maintenance non négligeables (évalués à 590 millions € en 2006) et, paradoxalement, une augmentation des importations de gaz naturel12 (dont 36 % provient de Russie « qui n'a pas convaincu au cours des dernières années qu'elle était un partenaire fiable »).

Dans le cas de la France, il est clair que l'augmentation des puissances installées d'ENR prévues par le Grenelle de l'environnement nécessitera d'augmenter la part des centrales au gaz. L'importance des terminaux méthaniers (GNL) existants et prévus d'ici 2020 assure cependant une meilleure diversification des sources qu'en Allemagne.

5. La promotion des technologies innovantes

Le soutien aux ENR est censé favoriser les progrès technologiques. L'étude est extrêmement sévère sur ce chapitre, considérant que les tarifs d'achat très élevés, particulièrement pour le solaire PV, favorisent des effets d'aubaine pour les « gros » industriels, et pas du tout pour les « start ups ». Elle note également que la dégressivité des tarifs d'achat, définie dans la loi EEG13 et destinée à inciter à l'innovation, a l'effet contraire et encourage le développement massif à court terme des technologies éprouvées. Ceci « permet aux industriels de s'assurer pendant 20 ans des revenus aux tarifs favorables actuels, sans avoir à rechercher de nouvelles technologies ».

La situation française est encore plus préoccupante, les tarifs d'achat ayant été garantis jusqu'à 2012. Ceci a été dit haut et fort dans le dernier communiqué rédigé par Patrick Jourde pour Sauvons le Climat14.

Conclusions

Après avoir montré les graves défauts du système allemand, l'étude conclut sur trois recommandations :

Ces recommandations rejoignent tout à fait les positions de Sauvons le Climat. Il est regrettable que le député Serge Poignant, auteur en avril 2009 d'un très intéressant rapport parlementaire sur le développement du photovoltaïque en France, n'ait pas eu connaissance de ces critiques du système allemand (ou n'ait pas cru devoir en tenir compte)17. Au moment où se discutent encore les modalités d'application de la loi Grenelle 1, peut-être n'est-il pas trop tard pour redresser la barre ?

  • Eviter la coexistence de deux systèmes, tels que l'ETS et le système EEG.
  • Privilégier le système ETS, car celui-ci crée une situation permettant aux différents acteurs de rechercher l'optimum économique15, ce qui n'est pas le cas du système allemand actuel ...
  • Investir dans la recherche et développement : « dans les phases de démarrage de technologies non compétitives, il est plus efficace d'investir dans la R&D que de promouvoir la production de masse »
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