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SDN dénonce la recherche de la meilleure sûreté possible pour les réacteurs nucléaires !

  • Publié le 13 mars 2010
SLC
  • Nucléaire

 

SDN dénonce la recherche de la meilleure sûreté possible pour les réacteurs nucléaires !

 

« Sortir du Nucléaire(SDN) » a diffusé samedi 6 mars 2010 un document suivi quelques jours plus tard par une lettre au premier ministre, où cette association prétend démontrer l'extrême dangerosité de l'EPR.

Il n'est pas inintéressant de voir comment procède SDN pour établir de tels documents.

Mais d'abord, il faut savoir comment se fait l'étude de sûreté d'un réacteur nucléaire. Tous les scénarios d'accidents, même les plus improbables, sont envisagés. Pour chaque scénario sont recherchées les parades pour en réduire au maximum la probabilité. Et pour chaque accident envisagé, on s'assure que ses conséquences ne seront la cause d'aucun dommage aux personnes tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la centrale.

Que fait SDN ? Son étude part des documents décrivant les accidents envisagés. SDN les décrit comme très probables. SDN fantasme sur les conséquences possibles de l'accident. Et le tout donne un communiqué destiné à faire peur . Et pour faire bon poids, SDN l'assortit de documents EDF, écrits par des gens du métier pour les gens du métier donc en jargon du métier (indispensable pour la précision des textes), et donc incompréhensibles pour le commun des mortel s, où SDN met en relief quelques expressions qui , dans d'autres contextes, peuvent se rapporter à des situations catastrophiques.

C'est ainsi que « Sortir du Nucléaire » a communiqué samedi 6 mars 2010 un ensemble de notes d'études émanant d'EDF, assorti d'une synthèse de son cru selon laquelle, notamment, «  certains modes de pilotage du réacteur EPR peuvent provoquer l'explosion du réacteur à cause d'un accident d'éjection de grappes (qui permettent de modérer, d'étouffer la réaction nucléaire)....».

Dans un processus d'amélioration de la sûreté, il faut bien prendre en considération des évolutions graves et peu probables pour en limiter encore la probabilité et, en ultime recours, démontrer que l'accident ne pourra pas avoir de conséquences sanitaires à l'extérieur de l'enceinte du réacteur. Les documents que s'est procuré SDN portent sur un point très spécifique, celui de la possibilité d'une éjection de grappe de contrôle (EDG). De quoi s'agit-il ? Les Réacteurs à Eau Pressurisée disposent de deux systèmes de pilotage et arrêt :

  • 1. Les grappes de commande qui peuvent être introduites ou extraites du cœur du réacteur. Il y en a quatre vingt neuf dans l'EPR ; elle sont constituées d'un matériau absorbant les neutrons.
  • 2. Le bore soluble, également absorbant, dont on peut faire varier la concentration (et donc l'absorption) ; on peut aussi faire une injection rapide de bore pour étouffer la réaction en situation accidentelle.

Pour opérer des variations rapides de puissance, on utilise les grappes dont les mouvements sont rapides. Par exemple si, fonctionnant à pleine puissance, on veut passer à un régime à 50% de puissance, on insère tout ou partie des grappes. Et on les sort si on veut remonter en puissance. Dans toutes les études de sûreté de réacteurs, (EPR ou non) on envisage l'éventualité qu'une grappe de commande (qui, par construction, n'est pas fixée mais est mobile) soit éjectée du fait de la forte pression qui règne dans le cœur du réacteur. Cette éjection pourrait entraîner un percement de la cuve du réacteur et, donc, conduire à un accident considéré comme grave, bien que beaucoup moins grave que celui de perte totale du réfrigérant, qui est le scénario dit de référence. Une éjection de grappe serait d'autant plus violente que les barres de contrôle seraient plus enfoncées. C'est ici qu'on rencontre la spécificité des réacteurs français. Du fait que le parc nucléaire représente près de 80% de la production d'électricité, on conçoit que si la demande varie il faut aussi que la production du parc nucléaire s'ajuste, au moins partiellement, à cette variation. A cette fin, en dehors des périodes de forte demande, on fait marcher les réacteurs à une puissance inférieure à leur puissance nominale. Pour ce faire, on insère des barres absorbantes dans le réacteur. Lorsque la demande croît on les relève pour augmenter la puissance. C'est ce qu'on appelle une fonctionnement en suivi de charge. Sur les réacteurs actuels ceci est obtenu grâce à des barres peu absorbantes, les barres dites grises, qui permettent de piloter le réacteur « en douceur ».

Le réacteur EPR n'était pas prévu, lors de sa conception, pour fonctionner en suivi de charge, car, économiquement, il y a intérêt à faire travailler le réacteur à pleine puissance (a cet égard l'affirmation de SDN selon laquelle le fonctionnement en suivi de charge serait exigée par la rentabilité économique est, tout simplement, stupide). Les barres de contrôle étaient donc des barres « noires » fortement absorbantes et supposée rester en position haute (peu insérées) en fonctionnement normal. EDF souhaitait, toutefois, garder la possibilité de suivi de charge (le développement de la production éolienne implique des besoins croissants de modulation rapide de la puissance du parc nucléaire).

Les documents publiés sur le site de SDN reflètent l'étude de sûreté faite par EDF (en liaison avec AREVA) pour vérifier que le fonctionnement en suivi de charge de l'EPR, avec des « barres noires », ne constituait pas une pénalité inacceptable sur le plan de la sûreté. En 2007 il fut décidé, à la suite de cette étude, qu'il était préférable de revenir à l'utilisation de barres grises, comme dans les réacteurs actuels.

En réalité, l'examen de ces documents montre bien avec quel souci du détail et d'exhaustivité sont menées les études de sûreté aussi bien par EDF que par AREVA, l'ensemble étant, en dernier ressort, examiné et évalué par les spécialistes de l'IRSN pour le compte de l'ASN. Une analyse approfondie du dossier de SDN, due à Dominique Vignon ancien Président de Framatome NP est disponible à l'adresse : http://www.sauvonsleclimat.org/images/articles/pdf_files/etudes/Commentaires_DV-_Une_technologie_explosive.pdf. Vous trouverez également sur notre site (http://sauvonsleclimat.org/images/articles/pdf_files/etudes/SDN_crie_au_loup.pdf) et sur le blog (http://sauvonsleclimat.typepad.fr/) un commentaire circonstancié de Jean Leroy, qui a participé à la conception des réacteurs de 3ème génération.

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