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Comment améliorer l'efficacité de la filière nucléaire française

  • Publié le 11 novembre 2009
SLC
  • Nucléaire

Comment améliorer l'efficacité de la filière nucléaire française

Henri Proglio a jeté un pavé dans la mare en suggérant de revoir la structure de la filière nucléaire française. Il s'agirait de séparer l'activité de construction de réacteurs d'AREVA qui devrait devenir un simple sous-traitant d'EDF. En d'autres termes on reviendrait à la situation d'avant 2001 où Framatome était l'interlocuteur exclusif d'EDF. Aux dernières nouvelles, après une prise de position très nette de la Ministre des Finances, Madame Christine Lagarde, il semble que le nouveau Président d'EDF ait mis de l'eau dans son vin et n'envisage plus le démantèlement d'AREVA. Toutefois ses déclarations ont le mérite de soulever une vraie question sur l'organisation de la filière nucléaire.

Personne ne peut nier le succès qu'a connu l'industrie nucléaire française d'avant 2001. Personne ne peut nier, non plus, les difficultés du chantier d'Olkiluoto, et, sans doute à un moindre degré, de Flamanville-3. Si on cherche les raisons profondes de ces difficultés, on doit bien reconnaître qu'il a fallu recréer les compétences. En effet le dernier réacteur construit par ce qui était alors encore Framatome, le réacteur de Civaux-2, a divergé en 1999, après plus de 8 ans de construction. Entre le démarrage de la construction de Civaux-2 et celui de l'EPR finlandais il s'est écoulé plus de 12 ans. De plus cette période a vu de nombreux ingénieurs expérimentés partir en retraite sans que la relève puisse être assurée faute d'activités de construction, à l'exception des deux réacteurs en Chine lancés en 1997 et mise en service en 2002 et 2003. Une telle situation est d'autant plus regrettable que nous voyons que la construction de quelques réacteurs pendant cette période aurait évité les tensions sur la fourniture d'électricité dont nous avons les avant-goûts. Il est clair qu'EDF (et les pouvoirs publics) n'ont pas su avoir une politique de maintien des compétences en commandant quelques réacteurs en temps utile.

Ne croyons pas que des changements de structure suffiront à effacer la période pendant laquelle nous n'avons plus construit de réacteurs. Il est capital de laisser les nouvelles équipes se former dans la sérénité et retrouver l'efficacité de leurs anciens. Mais la nécessité de reconstruire les compétences n'explique peut être pas tout. Il est clair que la présence d'un vrai architecte industriel capable de contrôler aussi bien le travail du béton que la partie nucléaire a manqué au chantier d'Olkiluoto. Ce type de compétences se trouve chez EDF. La (première) proposition d'Henri Proglio semble donc avoir une solide justification. Réunir en une seule entité les architectes et les constructeurs aurait le mérite de la logique. La question est de savoir s'il est préférable que cette entité appartienne à EDF, où, au contraire, à AREVA.

Qu'on le veuille ou non, qu'on le regrette ou non, la situation du secteur électrique français et mondial a profondément changé depuis les années 1990. EDF est plongée dans la concurrence en France, mais surtout à l'étranger où elle fait 50% de son chiffre d'affaire. En Europe, elle est confrontée à la concurrence des allemands E.On et RWE, du suédois Vattenfall, du français GDF-Suez, de l'italien Enel, etc. La Commission Européenne fait la chasse aux ententes et cherche à exacerber la concurrence. Supposons qu'EDF devienne l'acteur français de la construction de réacteurs. Peut on envisager qu'elle vende ses réacteurs à ses concurrents ? Pour cela il faudrait qu'elle dispose d'un monopole de compétences. Or les Français vont devoir affronter une sérieuse concurrence des Japonais (Toshiba a conduit 3 réacteurs à la divergence depuis 2000 dont les deux derniers en 2004 et 2005), des Russes dont les deux dernières mises en service datent de 2004 et 2001, des Coréens qui ont mis en service 4 réacteurs depuis 2000 (le dernier en 2005). Les concurrents d'EDF auront donc l'embarras du choix.

De son côté AREVA pourra travailler avec tous les opérateurs à condition de faire de meilleures offres que ses concurrents. Il est donc important de la renforcer par l'apport des compétences d'EDF dans le domaine du contrôle et de la gestion des chantiers nucléaires. Si le rattachement pur et simple des services concernés d'EDF à AREVA peut poser des questions difficiles, il serait possible de créer une structure autonome gérée indépendamment de la production et de la direction générale. On pourrait ainsi créer une filiale « grands chantiers » commune à AREVA et EDF qui aurait comme spécialité la conception et la gestion des grands chantiers comme ceux des réacteurs nucléaires. Elle pourrait aussi faire valoir ses compétences dans le domaine des grands barrages et dans celui des grands champs d'éoliennes offshore. Il ne s'agit ici que d'une proposition pour amorcer un débat sur la meilleure manière de conforter les atouts de la France dans la filière nucléaire dans un contexte international très différent de celui qui régnait dans les années 70-80. En particulier, ce n'est plus dans l'hexagone que l'essentiel de l'activité du constructeur français devra se développer.

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