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« Sortir du Nucléaire » n'a pas tout faux, pour une fois. Ni tout juste !

  • Publié le 25 novembre 2009
SLC
  • Nucléaire

« Sortir du Nucléaire » n'a pas tout faux, pour une fois. Ni tout juste !

Sauvons Le Climat (25 novembre 2009)
Stéphane Lhomme s'est précipité, comme à son habitude, pour décréter la « décapitation du nucléaire » faisant suite à l'annonce de trois Autorités de Sûreté Nucléaire (l'ASN française, la STUK finlandaise et la britannique HSE) de problèmes de contrôle-commande sur l'EPR1. A l'aide des documents disponibles sur le site www.asn.fr mais aussi à partir du point de vue exprimé par Ann McLachlan dans trois pages, très bien documentées, du « Nucleonics Week » (revue américaine de Platts) du 5 novembre 2009, examinons la thèse de « Sortir du Nucléaire » : « c'est l'ASN anglaise qui a dénoncé ce que la française, soit n'avait pas vu (incompétence !), soit avait caché (irresponsabilité !) ».

Oui, l'ASN savait, depuis longtemps

L'Autorité de Sûreté française, qui dépend du MEEDDM2, s'appuie sur l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN). L'examen des dossiers qui relèvent de cette Autorité donne lieu des présentations devant un « Groupe Permanent des Réacteurs » (GPR), organisme constitué d'experts n'appartenant pas forcément au monde du nucléaire, et dont l'avis, consultatif, est toujours important.
La conception de l'EPR, menée de concert depuis plus de 10 ans par les exploitants français (EDF) et allemands, mais aussi par les constructeurs Areva (ex-Framatome) et Siemens, a été moult fois présentée aux Autorités des deux pays, souvent dans des instances conjointes réunissant IRSN et son homologue GRS. Il en fut de même des « European Technical Codes » définissant les spécifications que devraient satisfaire ces réacteurs susceptibles d'être construits sur le continent3. Le contrôle-commande informatisé n'a pas fait exception, devant se conformer à des règles spécifiques réunies dans un ETC-I (« I » comme « Information & Control », autrement dit notre « CC »). Mieux, notre ASN a, début 1998, forcé la main d'EDF pour lui faire admettre une « Règle Fondamentale de Sûreté » numérotée II.4.1.a, laquelle, dite « RFS-Logiciel », passe pour la plus rigoureuse au monde.
Lorsque, courant 2003, fut prise la décision de confier le CC à Siemens, l'ASN a exigé et obtenu que des améliorations (touchant à la conception et à la documentation) de sa double plateforme (Teleperm XS pour la partie « Sûreté » de la chaudière nucléaire proprement dite, d'une part ; Teleperm XP pour le reste du « Process » classé néanmoins comme important pour la sûreté d'autre part) soient apportées de façon à éviter tout risque de « défaut de mode commun » aux deux ensembles (par ce que l'on appelle une « diversification »). Ce point est acquis et acté noir sur blanc dans le courrier adressé le 15 octobre 2009 par l'ASN à EDF4. Ce dernier courrier fait référence, comme il est d'usage, à la séance du GPR tenue le 18 juin 2009. Cette docte assemblée avait alors validé l'architecture présentée par EDF, en total accord d'ailleurs avec l'IRSN, au grand dam du représentant de l'ASN qui eut préféré moins de « laxisme » de la part des experts, au point, dit-on, de fortement agacer leur président !
C'est dire que l'ASN a mis quatre mois avant de sommer EDF d'apporter des compléments (commandes directes, alias « hard-wired systems ») et justifications supplémentaires. Mettant cette lettre sur son site, l'ASN ne pouvait ignorer qu'elle mettait le feu aux poudres, et il en est de même de la « position commune » signée le 2 novembre 2009 avec STUK et HSE, pour en appeler à une « solution similaire bien que non nécessairement identique », également publiée sur le site de l'ASN5.

L'ASN aurait elle préféré « faire un coup » ?

« Sortir du Nucléaire », qui suspecte l'ASN d'incompétence, serait bien en peine de la démontrer, particulièrement sur ce terrain. Abscons à souhait, sauf pour les spécialistes, ce sujet constitue en fait un objet de polémique idéal (à telle enseigne que la presse française a parfois pointé une « insuffisante diversification » dont on a vu ce qu'il y lieu de penser).
En négociation avec EDF pour d'éventuels EPR en Grande-Bretagne, l'autorité de sûreté britannique Health & Safety Executive (HSE) avait formulé de nouvelles exigences, allant au-delà de celles précédemment convenues pour les projets d'Olkiluoto-3 (approuvées par STUK) et de Flamanville-3 (bénies par l'ASN). Il semble qu'EDF ait, bien imprudemment, accepté celles-ci, ce dont HSE a immédiatement informé ses consœurs finnoise et française. Les Finlandais semblent tentés de profiter de ce nouvel élément dans leurs démêlés avec Siemens et Areva pour leur faire porter la responsabilité du retard de leur réacteur6.
Du côté français, peut-on imaginer que, piqué au vif par « l'avancée » anglaise, « on » ait saisi la balle au bond pour mieux montrer ses muscles ? A qui ? Aux écologistes, à EDF, voire aux autres Autorités de Sûreté européennes ?

Cette dernière hypothèse n'est pas que supputation : l'internationalisation des enjeux relatifs à la régulation du marché de l'électricité, à la gestion de son transport et à la sûreté nucléaire, ne pousse-t-elle pas, fatalement, les entités de chaque pays à surenchérir sur ses voisines ? Et si, en plus, les patrons de ces entités se sentent pousser des ailes pour briguer la place du calife européen (qu'on pense à l'UCTE pour les gestionnaires de réseau, ou à l'ERGEG pour les régulateurs), voire mondial (il s'agit alors de WENRA pour les Autorités de Sûreté), on peut s'inquiéter ...
S'agissant de sûreté nucléaire, une telle attitude — qui sera démentie, nous n'en doutons pas — peut présenter un avantage : celui de pousser à un surcroît de précautions. Mais n'entraîne-t-elle pas aussi plus de complexité, qui ne rime pas forcément avec plus de sécurité, encore moins avec ce que les spécialistes du contrôle-commande appellent la démonstration de sûreté de fonctionnement ? La meilleure règle n'est elle pas de faire le plus simple possible ?
Pour sa part , « Sauvons le Climat » considère que de tels sujets n'ont aucune chance de trouver leur solution en prenant à témoin une opinion publique encore plus mal armée que d'habitude pour comprendre les enjeux des discussions entre experts.

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