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Un débat surréaliste sur le nucléaire

Le Nucléaire a été largement débattu au cours de la campagne électorale, suscitant les passions comme d’habitude. Il fallait donc s’attendre à ce qu’il soit abordé dans le face à face du 2 mai entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Il a bien eu lieu mais a été l’occasion d’un festival d’erreurs que la presse quotidienne a d’ailleurs soulignées. C’est d’autant moins compréhensible que les deux candidats savaient que la question serait abordée (c’est d’ailleurs Nicolas Sarkozy qui ouvrit le feu), tout particulièrement en ce qui concerne l’EPR.

Certes, on ne peut exiger d’un(e) candidat(e) qu’il soit un Pic de la Mirandole, incollable sur tous les sujets. Par contre on peut attendre de leurs conseillers qu’ils leur préparent des fiches exactes, précises et pédagogiques1…..

Le caractère même de l’EPR a prêté à polémique : selon Madame Royal, au contraire de ce qu’affirmait Monsieur Sarkozy, l’EPR ne serait pas une centrale nucléaire mais un prototype. En réalité l’EPR est un réacteur nucléaire commercial (supposé produire du courant à un prix rémunérateur) tête de série (et, donc, innovant) qui s’ajoutera aux autres réacteurs de la centrale nucléaire de Flamanville.

Ségolène Royal pose la question de savoir s’il ne vaudrait pas mieux passer directement à un réacteur de la Génération IV dans le cadre d’une collaboration internationale. C’est un peu comme si on demandait à Renault de ne plus construire de voitures à moteur à explosion mais de passer directement à la voiture à hydrogène. Le premier réacteur de Génération IV sera, lui, un prototype et on n’attendra pas qu’il soit rentable. Si on était vraiment très pressé le plus simple serait de « reconstruire » Super Phénix, qui était un prototype de Génération IV. Les réacteurs de Génération IV auront besoin du Plutonium produit dans le cœur des réacteurs REP (réacteurs à eau pressurisée) de Génération II et III (eh oui EPR est un réacteur de Génération III et non IV, Monsieur Sarkozy…) pour s’alimenter. Pour fournir un cœur de réacteur de type « Super Phénix » il faut faire travailler un réacteur REP pendant 40 ans environ. Les réacteurs de génération II, III et IV coexisteront longtemps encore. Il n’empêche que Ségolène Royal a raison de souligner l’importance de pousser les feux sur les études des réacteurs de Génération IV qui sont un passage obligé pour aboutir à un nucléaire durable, beaucoup moins producteur de déchets et permettant de faire face à la demande énergétique pendant des milliers d’années.

Après l’ouverture du débat par Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal posait la devinette suivante : quelle est la part d’électricité fournie par le nucléaire ? Le questionné, un peu gêné, finit par répondre 50%. La questionneuse, triomphante, asséna la réponse : 17% ! C’était un lapsus reconnut-elle toutefois le lendemain sur France Inter. La réalité est que le nucléaire assure 78% de notre production d’électricité, comme on peut le voir sur le Tableau 1 où est décrite la structure de la production électrique française en 2005 (source RTE)


 

 

Fossiles

Hydraulique

Eolien

Nucléaire

Total

TWh2

59

56

4

430

549

%

11

10

1

78

100

Tableau 1 Structure de la production électrique française en 2005 (source RTE)

 

 

Mais les 17% ne sont venus là par hasard. Ils correspondent à la part de l’électricité nucléaire dans l’énergie finale que nous consommons. L’énergie finale est celle que les consommateurs finals (nous et les industriels hors secteur énergétique) achètent. Le Tableau 2 donne sa répartition. On voit que la part de l’électricité n’est que de 22% (et celle du nucléaire est bien de 17%).

 

 

Charbon

Pétrole

Gaz

Electricité

Biomasse

Total

Mtep

6

73

35

36

10

160

TWh

75

912

437

450

125

1999

%

4

45

22

23

6

100

Tableau 2 Structure de la consommation finale d’énergie française en 2004

(source Observatoire de l’énergie)

Depuis quelques années cette présentation a les faveurs des organisations antinucléaires car elle permet d’affirmer qu’après tout, le nucléaire n’est pas important et que, donc il ne saurait avoir un grande importance dans la lutte contre le réchauffement climatique (notons que, selon le même type de raisonnement l’éolien et le photovoltaïque sont tout à fait négligeables, mais cela semble échapper à leur thuriféraires).

Cette considération permet également aux forums nationaux (facteur 4 par exemple) et internationaux (GIECC, Union Européenne) d’éviter le sujet qui fâche. Compte tenu de son proche entourage il est donc tout à fait naturel que Ségolène Royal ait retenu cette référence. Malheureusement cette façon de calculer n’a aucun sens s’il s’agit de calculer les rejets de CO2 et d’estimer la dépendance énergétique d’un pays. En effet, dans ces cas, il faut évidemment tenir compte des consommations intermédiaires nécessaires pour produire et amener cette énergie finale à domicile. Par exemple, dans le cas des carburants automobiles il faut tenir de l’énergie nécessaire pour l’extraction, la distillation et le transport jusqu’à la pompe. Dans le cas de l’électricité, largement produite dans le monde à l’aide de centrales thermiques nucléaires ou à flamme (utilisant du charbon, du fioul ou du gaz) il faut aussi tenir compte du rendement thermodynamique. Lorsqu’on tient compte de ces facteurs, l’énergie consommée devient l’énergie primaire. Il nous paraît important de donner quelques chiffres, prenant le risque de la cuistrerie, car il nous paraît capital que le débat sur l’importance du rôle du nucléaire dans la lutte contre le réchauffement climatique échappe aux purs flots de propagande déversés par les organisations antinucléaires. Le Tableau 3 montre la structure de la consommation d’énergie primaire en France.

 

 

Charbon

Pétrole

Gaz

Biomasse

Electricité

Total

Mtep

13

93

40

13

117

276

%

5

33

15

5

42

100

Tableau 3 Structure de la consommation primaire d’énergie française en 2004

(source Observatoire de l’énergie)

La part de l’électricité devient alors égale à 42% et celle du nucléaire de 33%.

La vraie question concernant l’électricité est celle de savoir combien il faudrait de charbon ou de gaz pour remplacer les réacteurs, et l’incidence que ce remplacement aurait sur les rejets de CO23

Le Tableau 4 montre comment les 430 TWh de nucléaire auraient pu être produits par des centrales à flamme à charbon, fioul ou gaz et les rejets de CO2 consécutifs.

 

 

 

charbon

pétrole

gaz simple

gaz cycle combiné4

Quantités nécessaires (Millions de tonnes)

190

117

106

64

Millions de tonnes CO2 produites

502

380

317

190

Tableau 4 Besoins annuels en combustibles fossiles pour remplacer le nucléaire

et émissions de CO2 correspondantes

Rappelons que les émissions françaises actuelles atteignent 420 millions de tonnes. N’en déplaise aux antinucléaires, si la France avait fait le choix du charbon (comme le Danemark) et non du nucléaire après le choc pétrolier nos rejets de CO2 auraient été 2,2 fois plus importants.

Dans la seule OCDE la consommation de charbon, essentiellement utilisé pour produire de l’électricité atteint plus de 1100 Millions de tonnes produisant environ 4 milliards 700 millions de tonnes de CO2 soit 20% des rejets mondiaux actuels. Voilà le gain qui aurait été possible si les vrais écologistes comme James Lovelock et Patrick Moore avaient été entendus et si les pays de l’OCDE avaient suivi l’exemple français (ou suédois et suisse).

 

1 ils pourraient, par exemple, s’inspirer du récent livre de Pierre Bacher : L’énergie en 21 questions paru chez Odile Jacob

2 1TWh=1TéraWattheure= 1 Milliard de kWh

3 Comme cela a été observé dans des pays comme l’Allemagne, le Danemark, le Royaume Uni, ce remplacement aurait eu lieu, dans les années 1980, sans contribution notable de l’éolien. Dans l’avenir la contribution de ce dernier ne dépassera sûrement pas 10% de la production électrique.

4 Alors que dans tous les autres cas on suppose un rendement thermodynamique de 33%, dans le cas des centrales à cycle combiné nous retenons un rendement de 55%

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10ème Université d'Eté de SLC - Sauvons Le Climat

Les Houches – Chamonix 5, 6 et 7 octobre 2017

Thème : L’adaptation au changement climatique

 

Visites et conférence préliminaire le 5 octobre (Chamonix)

Université d’été les 6 et 7 octobre (Les Houches)

Sauvons Le Climat tiendra son université d’été de 2017 les jeudi 5, vendredi 6 et samedi 7 octobre à Chamonix et aux Houches. Le thème en sera l’adaptation au changement climatique.

Le programme couvre les aspects globaux et les aspects locaux.

Le jeudi 5 vous sont proposés un programme de visites l’après-midi et une conférence en soirée.

Programme-detaille_UE_2017.pdf

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