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Lettre d'un groupe international d'experts au Président Macron

  • Publié le 3 juillet 2017
SLC
  • France
  • Climat
  • Electricité nucléaire

Traduction par SLC de la lettre d'un groupe international d'experts du climat et de l'énergie au Président de la République Emmanuel Macron

1 juillet 2017

A Monsieur le Président de la République Emmanuel Macron

Monsieur le Président,

Nous vous écrivons en tant qu'environnementalistes, écologistes et climatologues pour vous féliciter de votre victoire dans l'élection présidentielle et pour applaudir votre politique en faveur d'une taxe carbone. Personne n'a autant fait que la France pour diffuser une énergie propre sur un réseau électrique. Sachant cela, nous vous écrivons également pour vous faire part de notre inquiétude devant votre décision d'éloigner la France d'une production nucléaire propre.

Peu de pays ont fait plus que la France pour démontrer les bénéfices humanitaires et environnementaux obtenus par la création d'une société fortement dotée d'électricité nucléaire. Non seulement la France a été l'hôte de conférences sur le climat des Nations Unies, elle est aussi un des pays développés dont les émissions de dioxyde de carbone par habitant sont les plus faibles.

Toute réduction de la production nucléaire en France aura pour effet d'augmenter la production d'électricité par des combustibles fossiles, donc la pollution, au vu des faibles facteurs de charge et de l'intermittence du solaire et de l'éolien. L'Allemagne en est l'illustration parfaite. Ses émissions n'ont pratiquement pas changé depuis 2009 et ont, en fait, augmenté tant en 2015 qu'en 2016, à cause des fermetures de centrales nucléaires. En dépit d'une augmentation de la puissance installée solaire de 4%, et de celle de l'éolien de 11%, la production de ces deux sources a baissé de 3 et 2% respectivement du fait qu'il y a eu moins de soleil et de vent en 2016 qu'en 2015.

Et là où la France a une électricité parmi les moins chères et les plus propres d'Europe, celle de l'Allemagne est une des plus chères et plus sales. L' Allemagne a dépensé près de 24 milliards € de plus que le prix de marché en 2016 pour ses seuls prix garantis d'achat des renouvelables mais ses émissions ont stagné. Il est à prévoir que l'Allemagne n'atteindra pas ses objectifs de réduction d'émissions de 2020, et de loin. Malgré des investissements énormes dans les renouvelables, seulement 46% de l'électricité allemande sont issus de sources d'énergie propre, à comparer aux 93% de la France.

Le solaire et l'éolien peuvent jouer un rôle important en France. Cependant, si la France devait investir dans le solaire et l'éolien de façon comparable à l'Allemagne, il faudrait s'assurer que ces investissements augmentent la part d'énergie propre de la France et ne la diminuent pas malencontreusement. Les renouvelables peuvent contribuer à une électrification plus poussée des transports, celle-ci étant déjà bien entamée avec le réseau ferré mais pouvant être poursuivie avec les véhicules individuels.

Un remplacement du nucléaire par des combustibles fossiles et des renouvelables nuirait considérablement à l'économie française de trois façons : augmentation des prix de l'électricité pour les ménages et l'industrie, la fin des exportations lucratives d'électricité et - peut-être le plus important - la destruction de la filière nucléaire française à l'export. Si le parc nucléaire français est contraint de fonctionner avec un facteur de charge réduit, la filière nucléaire française en sera paralysée par une augmentation de ses coûts et une réduction de ses revenus. A terme, cela conduira à des niveaux de sûreté inférieurs et à une réduction des possibilités de financement de la recherche, du développement, ainsi que des efforts pour l'exportation des technologies nucléaires françaises. Les pays qui cherchent à construire de nouvelles centrales nucléaires veulent, avec raison, savoir que le produit que la France leur vend est un produit dont la France elle-même profite.

Le programme nucléaire français a, par le passé, été l'objet d'admiration dans le monde. La France a fait la preuve, dans les années 1970 et 1980 qu'il est de fait possible pour un pays industrialisé de décarboner son secteur électrique. Pour la France, la prochaine étape, nécessaire afin de contribuer à la lutte contre le changement climatique et pour l'amélioration de la qualité de l'air, est d'augmenter sa production d'électricité propre à partir de toutes les sources non-fossiles et de réduire massivement l'utilisation des combustibles fossiles dans les secteurs du chauffage et des transports. L'électricité nucléaire devra y jouer un rôle central.

Signataires :

James Hansen, Climate Science, Awareness, and Solutions Program, Columbia University, Earth Institute, Columbia University

Kerry Emanuel, Professor of Atmospheric Science, Massachusetts Institute of Technology

Robert Coward, President, American Nuclear Society

Andrew Klein, Immediate Past President, American Nuclear Society

Steven Pinker, Harvard University, author of Better Angels of Our Nature

Richard Rhodes, Pulitzer Prize recipient, author of Nuclear Renewal and The Making of the Atomic Bomb

Robert Stone, filmmaker, “Pandora’s Promise”

Pascale Braconnot, Climate Scientist, IPSL/LSCE, lead author for the IPCC Fourth Assessment Report and Fifth Assessment Report

Francois-Marie Breon, Climate Researcher, IPSL/LSCE, lead author for the IPCC Fifth Assessment Report

Ben Britton, Ph.D, Deputy Director of the Centre for Nuclear Engineering, Imperial College London

Claude Jeandron, President, Sauvons le climat

John Laurie, Founder and Executive Director, Fission Liquide

James Orr, Climate Scientist, IPSL/LSCE

Didier Paillard, Climate Scientist, IPSL/LSCE

Didier Roche, Climate Scientist, IPSL/LSCE

Myrto Tripathi, Advisor to the president, Académie de l’eau

John Asafu-Adjaye, PhD, Senior Fellow, Institute of Economic Affairs, Ghana, Associate Professor of Economics, The University of Queensland, Australia

M J Bluck PhD, Director, Centre for Nuclear Engineering, Imperial College London

Bruno Comby, President, Environmentalists for Nuclear Energy

Gwyneth Cravens, author of Power to Save the World

Wolfgang Denk, European Director, Energy for Humanity

David Dudgeon, Chair of Ecology & Biodiversity, School of Biological Sciences, The University of Hong Kong, China

Erle C. Ellis, Ph.D, Professor, Geography & Environmental Systems, University of Maryland

Christopher Foreman, author of The Promise & Peril of Environmental Justice, School of Public Policy, University of Maryland

Martin Freer, Professor, Head of Physics and Astronomy, University of Birmingham, Director of the Birmingham Energy Institute (BEI)

Kirsty Gogan, Executive Director, Energy for Humanity

Joshua S. Goldstein, Prof. Emeritus of International Relations, American University

Malcolm Grimston, author of The Paralysis in Energy Decision Making, Honorary Research Fellow, Imperial College London

Mel Guymon, Guymon Family Foundation

Steven Hayward, Senior Resident Scholar, Institute of Governmental Studies, UC Berkeley

Joe Lassiter, Professor, Harvard Business School

John Lavine, Professor and Medill Dean Emeritus, Northwestern University

Martin Lewis, Department of Geography, Stanford University

Mark Lynas, author, The God SpeciesSix Degrees

Michelle Marvier, Professor, Environmental Studies and Sciences, Santa Clara University

Alan Medsker, Coordinator, Environmental Progress - Illinois

Elizabeth Muller, Founder and Executive Director, Berkeley Earth

Richard Muller, Professor of Physics, UC Berkeley, Co-Founder, Berkeley Earth

Rauli Partanen, Energy Writer, author of The World After Cheap Oil

Peter H. Raven, President Emeritus, Missouri Botanical Garden. Winner of the National Medal of Science, 2001

Paul Robbins, Director, Nelson Institute for Environmental Studies, University of Wisconsin-Madison

Michael Shellenberger, President, Environmental Progress

Samir Saran, Vice President, Observer Research Foundation, Delhi, India

Jeff Terry, Professor of Physics, Illinois Institute of Technology

Barrett Walker, Alex C. Walker Foundation

Tim Yeo, Chair, New Nuclear Watch Europe; former Chair, Energy and Climate Change Parliamentary Select Committee

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