Les risques de la pollution atmosphérique pour la mortalité prématurée. Comparaison avec ceux du tabac et ceux de la radioactivité.

Bernard Durand

Selon l’OMS, la pollution atmosphérique extérieure (outdoor) et intérieure (indoor) aurait été responsable d’environ 1 décès prématuré sur 8 dans le monde en 2012. Et selon la Commission Européenne, la seule pollution extérieure aurait provoqué 420 000 morts prématurées en 2010 dans l’EU 28. Ces nombres impressionnants doivent cependant être relativisés: dans l’EU 28, la perte moyenne d’espérance de vie due à la pollution extérieure serait inférieure à un an, rapportée à l’ensemble de la population. Elle serait toutefois d’un peu plus de dix ans pour les personnes décédées prématurément.

La responsabilité principale en incombe à des particules invisibles, de dimensions micrométriques, voire nanométriques, en suspension dans l’atmosphère. Ce sont les effets des particules dites PM10 , et surtout des particules dites PM2,5 , celles dont la plus grande dimension est inférieure à 2,5 µm, qui sont les mieux connus. Ces particules peuvent pénétrer très profondément dans les poumons, et sans doute aussi entrer dans la circulation sanguine. Ces «particules fines» provoquent ainsi des maladies respiratoires et cardio-vasculaires, des allergies handicapantes, et à plus long terme peuvent contribuer au développement de cancers.

 Dans l’EU-28, les émissions de particules fines proviennent surtout des combustibles, les trois principaux émetteurs étant, par ordre d’importance quantitative, l’utilisation domestique du bois, l’utilisation du charbon et du lignite par les centrales électriques, et l’utilisation du gazole par les véhicules routiers. La France échappe largement au charbon et au lignite, puisqu’elle a peu de centrales électriques à charbon. Par contre elle a plus de véhicules diesel que la moyenne européenne.

Il faut aussi signaler les particules fines dites «secondaires» émises par le secteur agricole, qui se forment à partir des oxydes d’azote et de l’ammoniac produits par les engrais azotés et les élevages.

L’importance relative du bois est certainement encore plus grande à l’échelle mondiale qu’en Europe, du fait des nombreux pays en voie de développement où le bois est encore la principale source d’énergie. Il y est aussi utilisé avec peu d’efficacité et dans de mauvaises conditions sanitaires.

Les risques entraînés restent bien inférieurs à ceux du tabac pour un fumeur régulier. Cependant, le tabagisme passif entraîne aussi des risques qui s’ajoutent à ceux identifiés à l’intérieur des maisons, lieux clos dans lesquels les polluants peuvent s’accumuler et dépasser les seuils de toxicité. Le risque est d’autant plus élevé que des polluants biologiques s’ajoutent aux polluants physico-chimiques.

Dans les grandes villes françaises, les risques de la pollution atmosphérique sont probablement supérieurs pour leurs habitants à ceux que ferait courir maintenant la radioactivité dans les zones d’exclusion de Fukushima, au vu des relations doses/effets citées dans la littérature.

 

Tout ceci est développé dans une étude de Bernard Durand. Cliquez ici pour la télécharger au format pdf

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