|
Les conséquences de laccident de Tchernobyl : le point du vue de lUNSCEAR
Le "Comité
Scientifique des Nations Unies sur les effets des rayonnements atomiques",
plus connu sous son acronyme anglais d'UNSCEAR, a été créé
en 1955 par l'assemblée générale de l'ONU, pour évaluer
les conséquences des essais nucléaires militaires sur la
santé. Puis il a progressivement étendu ses compétences
pour étudier tous les aspects de l'application de la radioactivité
sur l'homme et l'environnement.
Il est
composé de délégations de 21 pays membres - dont
la France - qui se réunissent chaque année à Vienne
pour préparer un nouveau document de synthèse soumis tous
les cinq ans à l'assemblée générale.
Le rapport
2000 est la somme des cinq dernières années de validation
et de compilation de toutes les données scientifiques existantes,
organisées en deux gros volumes, l'un sur les sources, l'autre
sur les effets. Une synthèse ouvre le premier volume, tandis que
les contributions thématiques composent des "annexes". L'une de
ces annexes porte sur les expositions et les effets de l'accident de Tchernobyl
(116 pages). Ce document a été soumis à l'assemblée
générale de l'ONU, composée de tous les pays membres
de l'ONU, où il a été adopté à l'unanimité
en septembre 20001.
Il s'agit
d'une texte d'analyse de faits, d'articles et d'études, énonçant
les différents acquis de la science, ainsi que les critiques ou
additions que souhaitent apporter chaque délégation.
LOMS,
la CIPR et lICRU participent à ce travail critique, qui rassemble
par ailleurs les diverses compétences nécessaires à
une évaluation scientifique de ce domaine complexe qui permet de
confronter des données physiques et chimiques, des données
biologiques et médicales, des études épidémiologiques,
des modèles théoriques et des mesures directes, etc.
Le
déroulement du travail sur les effets de Tchernobyl
LUNSCEAR
a publié en 1988 un premier bilan sur laccident de Tchernobyl,
relatant les conditions de laccident, les conséquences en terme
de quantité et de cinétique de dispersion des radionucléides,
les estimations de dose, en fonction du lieu de résidence, autour
de Tchernobyl mais aussi pour lensemble de lEurope et du globe2.
Tout un chapitre est consacré aux effets aigus chez les travailleurs
ayant reçu des fortes doses3.
En 1994-95,
lUNSCEAR a longuement hésité avant de se lancer dans un
nouveau bilan. Le comité craignait que les incertitudes importantes
sur les doses individuelles, les relations complexes entre le niveau de
contamination et les doses estimées, la multiplicité des
registres et des modalités denregistrement, le foisonnement détudes
sappuyant sur des méthodologies complexes et parfois controversées,
la multiplicité de résultats difficilement vérifiables,
en particulier pour les effets sanitaires, rendent impossible une synthèse
scientifique. Lobjectif a donc été de se limiter à
lanalyse de données et documents validés.
Comme
pour tous les rapports de lUNSCEAR, la rédaction des synthèses
se fonde sur lanalyse de lensemble des publications internationales qui,
pour cette annexe, comprend de nombreuses publications provenant des territoires
de lex URSS dont de nombreuses publications en langue russe et les publications
obtenues dans le cadre de collaborations internationales avec les biélorusses,
russses et ukrainiens, sous légide de lONU, de lUnion Européenne,
des USA, du Japon,
Lanalyse
a eu pour objectif essentiel dêtre factuelle, sappuyant sur de
nombreux résultats de mesure, confrontant les conditions expérimentales.
Une des grandes difficultés rencontrée dans linterprétation
des données médicales est lidentification de groupes témoins
ou groupes contrôle ainsi que les possibilités de comparaison
avec des données sanitaires antérieures à 1986. Le
comité a considéré quil nétait pas possible
détablir des estimations de risque à partir des effets
observés, à la fois du fait des faiblesses méthodologiques(
groupe témoin en particulier) et des incertitudes dosimétriques.
Les conclusions en 2000 : En 2000, les conclusions principales sont les suivantes:
Les différents groupes surveillés après laccident de Tchernobyl Laccident
du 26 avril 1986 à la centrale nucléaire de Tchernobyl,
située en Ukraine à 20 km au sud de la frontière
de la Biélorussie, est le plus sérieux accident jamais survenu
dans lindustrie nucléaire. Il a été responsable
du décès en quelques jours ou semaines de 30 employés
de la centrale ou de pompiers (dont 28 personnes avec un syndrome
aigu dirradiation ) et a conduit à lévacuation,
en 1986, de 116 000 personnes de la zone proche du réacteur et
le relogement denviron 220 000 personnes de Biélorussie, Fédération
Russe et Ukraine. De vastes territoires de ces trois régions
(à lépoque, républiques dURSS) ont été
contaminés et les dépôts de radionucléides
relâchés ont été mesurables dans lensemble
des pays de lhémisphère Nord. Les territoires, définis
comme " contaminés " dans ce document sont
ceux pour lesquels le dépôt moyen de cesium 137 dépasse
37 kBq/m2 ( soit 1Ci/km2), et sont situés
surtout en Bielorussie, Fédération russe et Ukraine.
Différents groupes de personnes ont été lobjet dune surveillance :
Un grand nombre de mesures de rayonnements (films badge, TLDs, comptage corps entier, comptage de la thyroïde, ) ont été effectués pour évaluer les expositions des différents groupes de la population considérée.
Environ
600 travailleurs intervenus en urgence sur le site la nuit de laccident
ont reçu les doses les plus élevées. Les expositions
les plus importantes sont dues à lirradiation externe (irradiation
gamma relativement uniforme sur lensemble du corps et irradiation beta
par dépôt de poussières radioactives sur la peau non
protégée par des tenues de protection), alors que lincorporation
de radionucléides par inhalation est relativement faible (sauf
dans deux cas). Le syndrome aigu dirradiation a été
confirmé chez 134 de ces travailleurs intervenus en urgence.
Aux effets de lirradiation corporelle globale, se sont surajoutés
les effets de lirradiation cutanée au contact des rayonnements
beta, responsables de brûlures radiologiques parfois très
étendues (jusquà plus de 60% de la surface corporelle).
Cest dans ce groupe de grands brûlés, grands irradiés
que les décès sont les plus nombreux. Les doses ont été
établies rétrospectivement grâce à des examens
de dosimétrie biologique et de mesures de radionucléides
qui ont complété les données cliniques. En effet,
chez ces travailleurs, les dosimétres étaient saturés
et donc illisibles.
Parmi
ces travailleurs durgence, 2 sont décédés le premier
jour (crise cardiaque, écrasement lors de lexplosion), 28sont
décédés au cours des quatre premiers mois ( dose
reçue supérieure à 3 Gy) et 11 décès
ont été enregistrés entre 1987 et 1998 chez des personnes
ayant reçu entre 1,3 et 5,2 Gy : trois de maladie coronarienne,
deux de pathologie pulmonaire non cancéreuse, deux de cirrhose
hépatique, un dembolie graisseuse et trois de pathologies hématologiques
(deux syndromes myélodysplasiques et un cas de leucémie
aigue myéloïde). Environ 600 000 personnes (civiles et militaires), ont reçu des certificats confirmant leur statut de liquidateurs (travailleurs participant aux opérations de nettoyage), en accord avec une loi promulguée en Biélorussie, Fédération Russe et Ukraine. Le groupe le plus exposé est celui des 240 000 personnes étant intervenus sur le site dans la période initiale en 1986-87. Les principales tâches menées par ces travailleurs comportaient la décontamination du bloc réacteur, du site du réacteur, des routes, ainsi que la construction du sarcophage et dune tour. Ces travaux ont été terminés en 1990. Un
registre des liquidateurs a été établi en 19865.
Ce registre comprend les estimations des doses effectives dues à
lirradiation externe, qui a été la voie dexposition prédominante
pour les liquidateurs. Les données du registre montrent que
les doses moyennes enregistrées ont diminué dannée
en année, de environ 0,17 Sv en 1986, 0,13 Sv en 1987, 0,03 Sv
en 1988 et 0,0015 Sv en 1989. Il est cependant difficile, daffirmer
la validité des résultats rapportés car les sources
dincertitudes sont multiples, (a) différents types de dosimètres
ont été utilisés par différents organismes
sans intercalibration, (b) un grand nombre de doses enregistrées
est très proche des valeurs limites de sensibilité et (c)
il y a eu un grand nombre de valeurs arrondies comme 0,1 ou 0,2 ou 0,5
Sv. 3- Lexposition de la population dans les territoires contaminés de lex URSS Les doses reçues par la population proviennent des radionucléides relâchés par le réacteur endommagé, qui ont conduit à une contamination des sols de vastes territoires. La dispersion des radionucléides sest pour lessentiel, faite sur une période de 10 jours, avec des niveaux de dispersion variables. Dun point de vue radiologique, les relâchements les plus importants concernent liode 131 et le Cesium 137, estimés respectivement à 1200 et 85 PBq (10 15). Liode 131 est le principal contributeur de la dose à la thyroïde, essentiellement par irradiation interne. La période de liode 131 étant de 8,4 jours, lirradiation thyroïdienne sest étalée sur les premières semaines après laccident. Le Cesium 137, de période 30 ans, est le principal contributeur des doses aux organes autres que thyroïde, à la fois par irradiation externe et interne. Cette irradiation se poursuit à faible débit de dose, pendant plusieurs décennies6. Les trois territoires les plus contaminés, définis comme ceux ayant des dépôts en Cesium 137 supérieurs à 37 kBq/m2 sont situés en Biélorussie, Fédération russe et Ukraine. Ils concernent en particulier les zones " centrale " (100 km autour de la centrale surtout au nord, nord ouest), la région de Gomel-Mogilev-Briansk, située à 200 km au nord-nord-est du réacteur, et la région de Kaluga-Tula-Orel, située en Fédération Russe, à environ 500 km du réacteur. Au total, tous ces territoires de lex-URSS forment une zone denviron 150 000 km2, contaminée avec du Cesium 137 au-delà de 37 kBq/m2. 5 à 6 millions de personnes résident dans ces territoires. Dans les semaines suivant laccident, des cartographies de dépôt diode et cesium ont pu être réalisées dans des conditions de dépôt par temps sec (en Pologne) mais les dépôts varient avec la distance, le délai et les conditions météorologiques ce qui rend impossible toute modélisation simple, a posteriori, de la répartition de liode 131. 1- dans la population
évacuée
Au cours
des premières semaines après laccident, plus de 100 000
personnes ont été évacuées des territoires
les plus contaminés dUkraine et de Biélorussie. Les doses
à la thyroïde reçues par les évacués
varient en fonction de leur âge, de leur localité et de la
date de lévacuation. Par exemple, les habitants de Pripiat, évacués
48h environ après laccident, ont reçu une dose moyenne
à la thyroïde estimée à 0,17 Gy ( de 0,07 Gy
chez les adultes à 2Gy chez les enfants de moins de 1 an).
Si lon considère lensemble de la population évacuée,
les doses moyennes à la thyroïde sont estimées à
0 ,47 Gy. Les doses aux autres organes et tissus, dues essentiellement
au cesium, sont en moyenne beaucoup plus faibles ( de lordre de quelques
millisievert à quelques dizaines de millisievert sur 50 ans)
2- chez les résidants
des zones contaminées
Les doses
à la thyroïde ont également été estimées
pour les habitants des territoires contaminés qui nont pas été
évacués. Dans chacune des trois républiques, les
doses à la thyroïde sont estimées supérieures
à 1 Gy pour la plupart des petits enfants de moins de 1 an.
Pour les habitants dune localité donnée, les doses à la thyroïde des adultes sont dun facteur 10 inférieures à celles des enfants de moins de 1 an. La dose moyenne à la thyroïde est denviron 0,2 Gy. Lamplitude des variations des doses à la thyroïde est denviron deux ordres de grandeur, au-dessus et en-dessous de cette valeur moyenne. Les incertitudes sur les doses individuelles limitent la portée dun calcul de facteur de risque. La reconstruction de doses individuelles est difficile et le résultat est toujours entâché dincertitudes : chez ladulte, un modèle a été mis au point en se basant sur des mesures directes de la thyroïde réalisées en 1986 ainsi que sur la mesure des concentrations en césium 137 dans lenvironnement, en tenant également compte des conditions météorologiques lors du passage du nuage. Une des difficultés pour estimer à posteriori la quantité diode radioactif incorporé est labsence de relation simple entre lexposition à liode radioactif en avril-juin 1986 et le dépôt aujourdhui encore mesurable du cesium dans lenvironnement. Pendant
les premières semaines après laccident, liode 131 était
le principal contributeur à la dose. Depuis 1987, les doses reçues
par les populations des territoires contaminés proviennent essentiellement
de lirradiation externe par le Césium 134 et le césium
137 déposés sur le sol, et par une exposition interne due
à la contamination de la chaîne alimentaire par ces mêmes
radionucléides. Dautres contributions mineures7
à lexposition radioactive à long terme sont retrouvées
dans la zone proche de Tchernobyl, dues à la consommation de produits
alimentaires contaminés par le Strontium 90 et à linhalation
daérosols comportant du Plutonium 239. Lirradiation externe et
interne due aux isotopes du Césium conduit à une irradiation
relativement homogène de tous les tissus. La dose efficace moyenne
due au Césium reçue pendant les 10 premières années
après laccident par les habitants des régions contaminées
est estimée à environ 0,01 Sv ( valeur calculée de
8,2 mSv)
Les effets sur la santé en Biélorussie, République Russe et Ukraine Un grand
nombre de tumeurs de la thyroïde est observé chez les sujets
irradiés pendant lenfance et résidant dans les zones sévèrement
contaminées des trois régions affectées. 1800 cancers
sont survenus entre 1990 et 1998 alors que le nombre spontané attendu
sur cette période est de quelques dizaines. La courte période
de latence est inattendue, compte tenu des connaissances précédemment
acquises après dautres situations de surexposition. Dautres facteurs,
comme le déficit en iode stable, l'état antérieur
de la thyroïde et la présence diodes à vie courte
peuvent influencer le niveau du risque. Les résultats les plus
récents semblent indiquer que le risque de cancer de la thyroïde
est stabilisé ou en train de diminuer pour ceux qui avaient plus
de 5 ans lors de laccident alors que laugmentation est durable pour
ceux qui étaient âgés de moins de 4-5 ans en 1986.
Une surveillance attentive doit donc être poursuivie pour améliorer le dépistage précoce. En dépit du fait que beaucoup de cancers de la thyroïde de lenfant sont diagnostiqués à un stade dextension plus avancé que chez ladulte en terme dagressivité locale et de métastases, ce sont des cancers de bon pronostic. Le grand
nombre de cas recensés dans les cinq années ayant suivi
laccident est une surprise : on croyait jusque là que le
cancer de la thyroïde comprenait une période dinduction et
de latence dau moins dix années après lexposition. Pour
cette raison, les premiers cas furent lobjet dune contestation de la
part des autorités, qui les attribuaient à un meilleur dépistage
et à la sensibilisation des populations.
Leffet
dune carence chronique en iode dans cette région est à
prendre en compte, et pourrait expliquer un captage rapide et durable
de liode 131.
Hormis une augmentation substancielle des cancers de la thyroïde chez les sujets exposés pendant lenfance en Biélorussie, Fédération Russe et Ukraine, il ny a pas dobservation de conséquences majeures sur la santé publique en relation avec lexposition aux rayonnements ionisants 14 ans après laccident de Tchernobyl. Il na pas été observé daugmentation de lincidence ou de la mortalité de lensemble des cancers, pouvant être en relation avec lirradiation. Le risque de leucémies, cancers considérés comme un indicateur sensible de leffet des rayonnements, napparaît pas augmenté, même chez les liquidateurs et chez les enfants8, alors que ce type de cancer est connu pour apparaître dès 2-3 ans après lexposition. Il na pas été mis en évidence de relation entre lexposition aux rayonnements ionisants et lévolution de la fréquence de maladies non cancéreuses. Il y a une tendance à attribuer laugmentation des taux de cancers, autres que ceux de la thyroïde chez lenfant, à laccident de Tchernobyl mais il faut noter que laugmentation avait déjà été observée avant laccident dans les régions considérées. De plus, une augmentation générale de la mortalité a été rapportée ces dernières années dans la plupart des régions de lex URSS et ce point doit être pris en considération dans linterprétation des résultats des études relatives à Tchernobyl. Il a été rapporté laugmentation de nombreux effets sur la santé, non spécifiques, chez les liquidateurs, en particulier laugmentation du taux de suicides et de décès par mort violente. Il est difficile dinterpréter ces données sans référence à une situation de base antérieure. Ces groupes exposés sont suivis sur le plan sanitaire de manière beaucoup plus intensive que la population générale. Il en résulte, que la population générale ne constitue sans doute pas un groupe témoin adapté. 4 - Les expositions dans les autres pays dEurope Dans
le Nord et lEst de lEurope, 45 000 km² ont été contaminés
par du césium 137 ,entre 37 et 200 kBq/km². Le comportement des
radionucléides déposés dépend de leurs propriétés
physico-chimiques, de lenvironnement et des conditions météorologiques
(temps sec ou pluie) au moment des retombées. Pour liode 131 et
les radionucléides à vie courte, lexposition a été
due essentiellement à lapport alimentaire direct par des radionucléides
déposés sur les végétaux , ou via le lait .
Pour le césium 137, les transferts se poursuivent maintenant à
partir du cesium du sol. Les doses à la thyroïde estimées
pour des populations résidant en Croatie, Grèce, Hongrie,
Pologne et Turquie , sont comprises entre 1,5 et 15 mGy. De même,
les doses à la moëlle osseuse estimées pour des populations
résidant en Finlande, Bulgarie, Allemagne, Grèce, Hongrie,
Roumanie, Suède, Turquie sont comprises entre 1 et 4mGy.
Les niveaux de dose, souvent inférieurs dun facteur 100 par rapport aux doses estimées dans les trois républiques les plus touchées de lex-URSS, peuvent expliquer que les nombreuses études publiées sur linduction de cancers en Europe ne mettent pas en évidence de relation entre laccident et une évolution de la fréquence des cancers, notamment des cancers de la thyroïde et des leucémies chez lenfant. La fréquence de ces cancers est faible et des variations de fréquence sur ces petits échantillons sont toujours susceptibles dêtre observées sans quune cause particulière puisse être incriminée. Les malformations
congénitales et les effets dune irradiation juste avant ou en
cours de grossesse, ont été étudiés avec une
particulière attention, après la publication en 1987 dune
étude rapportant un accroissement significatif de trisomie 21 en
Allemagne, qui avait été attribué aux retombées
de Tchernobyl. Puis, les résultats de cette étude ont été
rediscutés et son interprétation remise en question, la
variation observée étant habituelle dès lors quil
sagit de petits nombres. Toutes les études publiées ensuite,
sappuyant sur des registres existant avant la date de laccident, nont
pas permis de déceler danomalies congénitales en excès,
y compris dans les régions les plus proches de laccident.
Les perspectives danalyse et de recherche présentées par lUNSCEAR Les connaissances
actuelles des effets tardifs des expositions prolongées aux rayonnements
ionisants sont encore limitées, lestimation des relations dose-effet
reposant essentiellement sur les études dexpositions à
fortes doses et sur des études animales. Laccident de Tchernobyl
pourrait éclairer sur ces effets tardifs après exposition
prolongée, mais la plupart des personnes exposées ont reçu
des doses faibles (en moyenne, dans les territoires contaminés,
la dose par irradiation externe et interne est estimée à
8,2mSv pour les 10 premières années et à 12mSv pour
la vie entière), et une augmentation de lincidence ou de la mortalité
par cancer est de ce fait difficile à mettre en évidence
par des études épidémiologiques. Lobjectif principal
serait de différencier les effets dus à lirradiation de
ceux dus à dautres causes dans ces populations exposées.
En dehors
des cancers de la thyroïde associés à lirradiation
à un niveau élevé ( souvent plus de 1 Gy) de la thyroïde
pendant lenfance, le seul groupe ayant reçu des doses assez élevées
pour quune détection statistiquement significative soit possible
est le groupe des travailleurs durgence et des liquidateurs. Les études
de ces groupes, ayant eu une exposition continue sur plusieurs jours ou
semaines, contribueront probablement à lanalyse des effets tardifs
des rayonnements ionisants. La plupart dentre-eux ont une surveillance
médicale annuelle, constituant ainsi la base de futures études
dans cette cohorte.
Les futurs
enjeux sont deffectuer un lien entre les estimations de dose individuelle
pour ces sujets inclus dans des études épidémiologiques
et dévaluer les effets des doses accumulées sur une période
prolongée (se mesurant en jours ou semaines pour les doses à
la thyroïde des enfants, en minutes ou en mois pour les doses à
la moëlle osseuse des travailleurs intervenus en urgence et des liquidateurs,
et en mois ou années pour les expositions corporelles globales
des résidants des zones contaminées). De nombreuses difficultés
doivent être prises en considération comme
Conclusion Lobjectif
de lUNSCEAR était de faire un bilan 14 ans après laccident
(expositions et effets imputables aux rayonnements) et non de faire
une évaluation de risque pour le futur. LUNSCEAR insiste
sur les caractères spécifiques des effets constatés
14 ans après laccident : cancers de la thyroïde de
lenfant avec une fréquence plus élevée et un temps
de latence plus court que ce qui avait été estimé
et pas daugmentation apparente des leucémies qui est pourtant
souvent le cancer qui survient le plus précocément après
exposition aux rayonnements. La partie " effets sanitaires "
a été lobjet dune particulière attention, visant
à bien identifier et distinguer ces effets directement
imputables à lirradiation des effets indirects, qui sont en
relation avec laccident et dautres facteurs locaux, sans que lirradiation
ou la contamination par des radionucléides soient à lorigine
directe de leffet (comme les effets psychologiques) La surveillance
des travailleurs et des populations exposées se poursuit en Biélorussie,
Fédération Russe et Ukraine. 1 Depuis l'éclatement de l'ex-URSS, c'est la Fédération Russe qui est représentée à l'UNSCEAR. La Biélorussie et l'Ukraine ont fait part de leur désaccord sur certaines conclusions du rapport 2000 sans toutefois apporter de résultats scientifiques susceptibles de remettre en cause le travail de l'UNSCEAR. La décision d'associer dans le futur de manière plus étroite les scientifiques des trois républiques concernées a permis l'adoption du texte actuel à l'unanimité. 2 UNSCEAR 1988 : annexe D " Exposures from the Chernobyl accident " 3 UNSCEAR 1988 : in annexe G " Early effects in man of high doses of radiation - appendix : acute radiation effects in victims of the Chernobyl nuclear power plant accident " 4 La gravité du syndrome aigu d'irradiation dépend surtout de la dose globale reçue : grade I ( dose de moins de 2 Gy), grade II (entre 2 et 4 Gy), grade III (entre 4 et 6,5 Gy), grade IV (au-delà de 6,5 Gy) 5 en 1986, un registre a été créé à Obninsk pour toutes les personnes exposées ( liquidateurs mais aussi population des territoires évacués et résidants des zones contaminées). Ce registre a fonctionné jusqu'en fin 1991. Début 1992, des registres nationaux de Biélorussie, Fédération Russe et Ukraine l'ont remplacé, ainsi que des registres de liquidateurs des trois républiques baltes. 6en pratique, on considère que la contamination radioactive de l'environnement devient très réduite après une durée correspondant à trois périodes physiques ( soit 24 jours pour l'iode 131 et près d'un siècle pour le Césium 137) et peut être considérée comme ayant pratiquement disparue au bout de 10 périodes ( moins de 3 mois pour l'iode 131, et 300 ans pour le Cesium 137) 7la dose due au strontium 90 correspond à moins de 5% de la contamination interne par le cesium et la dose due à la remise en suspension du plutonium est estimée à 0,2 mSv par an pour un travailleur agricole 8note personnelle : il faut cependant noter que 3 des 11 décès survenus entre 1987 et 1998 chez les travailleurs d'urgence sont des pathologies hématologiques pouvantr être radioinduites : deux décès par myélodysplasies en 1993 et 1995 et un décès par leucémie aigue myéloïde en 1998 |
|