Tribulations climatiques et changements politiciens. Ou l’inverse ?

François POIZAT - 17 mars 2014

 

Est-ce le pic de pollution atmosphérique qui a rendu nos Verts soudainement aphones ?

 

Reçue le lundi 17 mars au matin par France-Inter, la médiatique Corinne Lepage n’a pas mâché ses mots à l'égard d’un EELV au mutisme criant, mais aussi de l’UMP qui, de Nathalie Kociusko-Morizet à Jean-François  Copé, a qualifié la décision gouvernementale de circulation alternée en Île-de-France de vulgaire « opération de com ». L’ancienne ministre de Jacques Chirac et Alain Juppé a tout de même admis que cette mesure (reprise pour la première fois seulement depuis sa propre initiative de 1997, après sa loi sur l’air de 1996) arrivait bien tardivement.

Au-delà de ces piques aux consonances tristement politiciennes, le refus de regarder en face « la maison qui brûle » et d’en tirer les conclusions qui s’imposent semble commun à tous les partis politiques :

-  la droite a beaucoup courtisé les écologistes, comme en témoignent ses dispendieux tarifs d’obligation d’achat de l’électricité renouvelable de juillet 2006 (rappelons-nous seulement la folie photovoltaïque, si mal gérée par Jean-Louis Borloo).  Elle a ensuite développé un « Grenelle de l’Environnement » sans effet mesurable sur nos émissions de gaz à effet de serre, et renoncé piteusement à sa « taxe carbone »  ;

-  le PS, soucieux de complaire à son partenaire privilégié, a tout misé, dans le cadre de sa « transition énergétique » à la mode allemande, sur une mesure phare : la réduction du nucléaire de 75 à 50 % de la production électrique en 2025. Mais que n’a-t-il anticipé la fermeture de Fessenheim pour désenfumer la région parisienne ?!

- et les Verts s’en contentent, abdiquant tout courage politique sur leurs propres chevaux de bataille : la fiscalisation du diesel, la « taxe carbone », les portiques routiers, l’isolation du parc immobilier existant, etc.

Il faut dire que les piètres résultats de l’Energiewende de nos voisins, avec ses émissions de CO2 en hausse,  ses constructions de centrales au charbon ou lignite, son asservissement au gaz russe et ses bouffées de prix négatifs (encore dimanche 16 mars !), condamnent les écologistes à faire profil bas. L’un d’eux, le député des Bouches-du-Rhône, François-Michel Lambert, osa néanmoins, le 24 novembre dernier, déclarer au « Progrès » que « le charbon peut compléter les énergies propres » ! Il faut bien trouver des excuses à ses amis, non sans faire plaisir aussi à Mr Poutine !!! Mais qu’il est dur de faire bonne figure, ces temps-ci …

 

Les contorsions politiciennes (notamment le positionnement en fonction de celui de l’adversaire et non de la problématique elle-même) ne constituent plus du tout une réponse crédible aux enjeux actuels. Comme le disait Mme Lepage, décidément plus lucide que sur la « sortie du nucléaire » nourrissant son cabinet d’avocats, la classe politique française manque cruellement de « maturité politique », à l’image d’une Europe en panne de politique commune, notamment sur le plan énergétique !

Informations supplémentaires