Qu’espérer de grandes liaisons transfrontalières sous-marines ? A quel coût ?

Impact d’une liaison électrique sous-marine en courant continu entre Bretagne et Irlande vers 2025

Jean-Pierre Pervès

Le marché de l’électricité européen est soumis à de profondes évolutions en raison d’un développement massif des énergies intermittentes et des contraintes imposées aux autres moyens de production par l’obligation d’achat de celles-ci. Le puissant lobby des énergies renouvelables et les pays les plus engagés dans ce développement (Allemagne, Danemark, Espagne par exemple), ainsi que les pays le plus susceptibles d’en tirer un bénéfice en raison de leurs ressources hydrauliques (Suisse, Autriche, Norvège), ont en conséquence engagé une action vigoureuse pour convaincre l’Europe de la nécessité d’engager un énorme programme d’investissements pour développer des réseaux haute tension transfrontaliers (figure 1), au prétexte de bénéficier du foisonnement[1] de ces énergies intermittentes. Or des études récentes montrent clairement les limites de ce foisonnement et de son intérêt pour ces réseaux[2] : les périodes fortement et faiblement venteuses sont souvent simultanées sur l’essentiel de l’Europe de l’Ouest et des longitudes similaires réduisent l’impact du foisonnement solaire.

La question de surproductions ou sous-productions se pose particulièrement pour les « péninsules » européennes telles que l’Italie, l’Espagne et les Iles britanniques, et un des projets de liaison concerne directement la France et sa péninsule bretonne.  Il s’agirait d’un câble sous-marin de 600 km joignant le Finistère nord au sud l’Irlande, capable de transporter 700 MW en haute tension continue. Ce projet, présenté dans le « Schéma décennal de développement du réseau 2014 » que vient de publier RTE[3],  a été retenu le 14 octobre 2013 comme « projet d’intérêt commun» par l’Union Européenne dans le cadre de la législation communautaire sur les infrastructures dans le secteur de l’énergie. Il pourrait être réalisé à l’horizon 2025.

Aucune information pertinente sur ce projet n’a été mise à la disposition du public avant son inscription au Schéma décennal, qu’il s’agisse de son coût (l’examen d’autres projets laisse prévoir de 800 à 1000 millions €), du taux d’utilisation d’une telle ligne, et en conséquence de son impact sur le coût de l’électricité : c’est ce que, faute d’information officielle, nous allons tenter d’éclaircir dans une première approche.

Lire le document complet de Jean-Pierre Pervès http://www.sauvonsleclimat.org/images/articles/pdf_files/etudes/liaison_electrique_irlande_france.pdf


[1] On appelle foisonnement la capacité qu’a une région de compenser un manque de production intermittente (éolienne ou solaire par exemple) dans une autre région soumise à un régime différent (de vent ou d’ensoleillement)

[2] « Électricité : intermittence et foisonnement des énergies renouvelables » : Techniques de l’ingénieur, octobre 2014 – H. FLOCARD, JP. PERVÈS, JP. HULOT

[3] RTE : réseau de transport de l’électricité, chargé de distribuer en France l’électricité à haute et moyenne tension

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