L'énergie éolienne, c'est pour quand ?

Pierre Yves Morvan

mars 2014

 

Aujourd'hui, les nouvelles énergies renouvelables, le vent et le soleil – l'éolien et le photovoltaïque, les nouvelles stars des médias – produisent moins de 1% de l'énergie consommée sur la planète, alors que les énergies fossiles caracolent autour de 80 %. Moins de 1 %, c'est-à-dire, que les nouvelles énergies renouvelables, c'est du vent.

Parier sur les énergies renouvelables, c'est méthode Coué et coaching d'entraîneur. 

"Aujourd’hui, vous sautez 1 mètre ; mais allez ! on y croit, on lâche rien, on se défonce, on vide ses tripes, vous allez sauter 80 mètres !"…

C’est ça être optimiste.

Les optimistes existent, on les rencontre tous les jours. À qui oserait douter, ils objectent que ces nouvelles technologies progressent à des taux impressionnants, et que donc les 80 mètres sont à portée de main, ou de mollet. Objection non retenue ; en réalité, ces taux qui font pâlir d’envie les banquiers trahissent surtout que les productions actuelles sont marginales. Parce que passer de 1 000 à 2 000 éoliennes, cela fait une progression spectaculaire de 100 % ; mais passer de 100 000 à 101 000 éoliennes, c’est exactement le même accroissement en absolu, mais ça ne fait plus que 1 % de progression relative. C’est pour cette raison que la puissance éolienne installée en Allemagne a crû de 54 % entre 1998 et 1999, mais n’a crû que de 5,6 % entre 2009 et 2010.

Cette décroissance de la croissance continue à croître. Cela peut sembler obscur, mais un dessin, qui vaut mieux qu'un long discours, va éclairer cette obscurité : 

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Une application pratique permet de mieux voir combien ces taux faramineux et pharaoniques sont trompeurs.

Il y avait environ 4 000 éoliennes en France en 2011. Pour assurer tous les besoins du pays en électricité il faudrait entre 150 000 et 300 000 éoliennes, en sites bien ventilés [1]. Le parc croît d’environ 500 éoliennes par an depuis 2007, ce qui correspondait en 2010 à un taux de croissance impressionnant de 15 %… Mais à ce rythme de 500 éoliennes par an, il faudrait 600 ans pour construire 300 000 éoliennes... 

On objectera que l'éolien fait partie d'un "bouquet" d'énergies renouvelables, qu'il n'est pas nécessaire qu'il satisfasse tous les besoins à lui seul, et que la technologie des éoliennes progressera sans doute. Objections retenues ; peut-être suffira-t-il de seulement 300 ans.

Oui mais, les défenseurs de l'environnement en France vous le diront, le regard triste et réprobateur, tout cela vient de ce que la France fait trop peu d'efforts pour développer l'éolien, contrairement à l'Allemagne par exemple. Parce qu'en Allemagne, vous diront-ils le regard pleins d'étoiles à trois branches semblant des d'éoliennes, il y avait plus de 21 000 éoliennes fin 2011, cinq fois plus qu'en France.

Ils ont raison, l'Allemagne a pris de l'avance, peut-être lui suffira-t-il de 150 ans pour atteindre les 300 000 éoliennes... 

La conclusion la plus claire est qu'en France comme en Allemagne, la nouvelle électricité renouvelable, ce n'est pas pour demain. Un peu plus, un peu moins, ce sera de toute façon trop tard.

Les différences entre les deux pays sont par ailleurs parfaitement logiques. L'Allemagne est l'un des pays les plus émetteurs de CO2 par habitant en Europe. L'Allemagne a l'obligation écologique de réagir, elle doit faire des efforts pour réduire les émissions de ses centrales électriques, dont la production dépendait encore à 57% des combustibles fossiles en 2012 (contre moins de 10 % pour l'électricité française) (voir : Transition énergétique, sortir du nucléaire : énergies renouvelables ou charbon ? (http://ecologie-illusion.fr/transition_energetique_sortir_du_nucleaire_energies_renouvelables_ou_charbon.htm))

Mais en France... combien de CO2 une éolienne peut-elle faire économiser, alors que l'électricité française, qui est principalement nucléaire et hydraulique, émet très peu de CO2 ? Un gouvernement français qui envisagerait de dépenser l'argent des citoyens pour favoriser les éoliennes aurait l'obligation d'expliquer clairement ses motivations.

Mais, oublions ces gamineries entre pays riches que sont la France et l'Allemagne, peu importe qui va le plus loin. Le problème n'est pas de réduire les émissions de CO2 de la seule petite France, ou de la petite Allemagne, ou même de la petite Europe ; le CO2 ne s'arrête pas à la frontière, le problème est de réduire les émissions de la planète entière, de l’immense Asie, de l’Afrique, de l’Amérique du Sud… Là, il faudrait des éoliennes par dizaines de millions… en moins de 20 000 ans.

 

La victoire en déchantant

On vante les réussites éoliennes de l’Espagne, du Danemark qui tire 20 % de son électricité du vent, ou encore de l'Allemagne qui réduisait ses émissions de CO2 (c'était vrai, avant qu'elle décide de sortir du nucléaire). Les Verts français en sont verts d'envie. Des succès incontestables… mais qui n’empêchent pas le Danemark ni l’Allemagne d’avoir encoreles émissions de CO2 par habitant les plus élevées en Europe.

 

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Source : banque mondiale

• Les mauvaises performances du Danemark et de l'Allemagne viennent de la forte utilisation du charbon ou du lignite dans la production d'électricité – que l'éolien est loin de compenser.

 

La véritable histoire de l’éolien n'est pas du tout le conte de fée que chantent les revues bien-pensantes, ce n’est pas une success story verte, c'est la victoire en déchantant, la version verte du mythe de Sisyphe ; il pousse l'éolien, qui grimpe, qui grimpe... mais dans le même temps les besoins augmentent et le sommet s'élève, s'élève... et s'éloigne. La consommation d’énergies fossiles croît plus vite que ne poussent les éoliennes :

Le Sisyphe vert, mythes et réalité :

 

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Sources :
- oecd-ilibrary.org – OECD Factbook 2011-2012 : Economic, Environmental and Social Statistics – CO2 emissions from fuel combustion
thewindpower

Les bulletins de victoires vertes disent que Sisyphe va réussir, comme disent toujours les communiqués de guerre des armées en déroute. Mais Sisyphe vert s'épuise en vain, nous avons perdu la guerre contre le CO2. Les éoliennes produisent des mégawatts, c’est méga-impressionnant. Mais ce n'est rien. Parce que nous consommons de plus en plus de térawatts, c'est téra-impressionnant [2]

L'énergie éolienne est-elle vraiment une énergie sans CO2 ?

Le solaire et l’éolien… marchent au charbon !

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Imaginons un monde merveilleux sans aucune centrale au charbon, avec seulement des éoliennes et des panneaux photovoltaïques... Imaginons maintenant une belle nuit étoilée sans vent, de celles qui font le bonheur des amoureux et des poètes… Ce serait une belle nuit sans électricité ; l’obscure clarté qui tombe des étoiles ne produit pas d’électrons. Lorsque la presse annonce la construction d'un parc d'éoliennes capable d'alimenter une ville de vingt mille habitants, c'est au mieux de l'ignorance, au pire de la propagande. Ces éoliennes alimenteront une ville de vingt mille habitants, seulement les quelques rares heures où le vent aura la force exacte permettant la production nominale des éoliennes. 

Un gros défaut des éoliennes et du photovoltaïque est qu'ils sont inconstants, instables, changeants, volages, on ne peut pas compter sur eux ; il suffit d’une saute de vent, d’un nuage qui passe... et il n'y a plus d'image à la télévision, et le TGV s'arrête en rase campagne. C'est bête à rappeler : il y a aussi des jours sans vent et des nuits sans soleil. Une éolienne fonctionne selon la bise et le zéphyr, rarement à plein régime. S'il n'y avait que les éoliennes, le TGV avancerait au rythme des tourbillons et des soupirs du vent, pouvant même rester des jours entiers en rase campagne ; dans ces conditions le char à voile est aussi rapide, et bien plus fun. Pour ceux qui ont le mal de mer en char à voile, il est donc nécessaire que l'électricité éolienne soit secourue par d'autres centrales, au gaz, au charbon, au lignite, (des dépenses qu'on oublie généralement de mettre au compte des éoliennes).

C’est-à-dire que l'éolien a besoin de béquilles ; lorsque l'on construit une éolienne, il faut construire aussi, ou maintenir en service, des béquilles de puissance équivalente, hydraulique, à gaz, au charbon, pour garantir la fourniture d'électricité lorsqu'il n'y a pas de vent. De fait, pendant que l’Espagne développait sa capacité éolienne ces dernières années, elle construisait aussi des centrales à gaz pour une capacité de 15 GW. C’est également le problème de l’Allemagne qui veut sortir du nucléaire : elle construit des éoliennes pour remplacer le nucléaire, mais elle est obligée de construire aussi, ou de maintenir en service, des centrales à combustible fossile pour les jours sans vent – il y en a. Une centrale thermique se cache en pointillés derrière l’éolienne...

On peut le dire d'une autre façon : l'énergie éolienne n'est pas vraiment une énergie renouvelable ; elle est aux trois quarts non-renouvelable. Compte tenu des fluctuations du vent, qui est brise, zéphyr, ou ouragan, le facteur de charge [3] des éoliennes est d'environ un quart, ou même un cinquième. Le reste du temps, il faut d'autres énergies, c'est-à-dire essentiellement de l'énergie fossile.

Les arbres d'acier des éoliennes cachent la forêt fossile.

Tout cela sera vrai tant qu'on ne disposera pas de moyens économiques et écologiques de stockage de l'électricité.

 

Sumotoris et acrobatesalt

Les éoliennes ont besoin de béquilles, mais pas n'importe lesquelles. Pour compenser des variations rapides de vent ou de soleil, il faut des béquilles souples, des acrobates, capables de démarrer d’un coup de rein, de passer de 10 à 100 % de puissance en quelques instants. Les centrales thermiques ou hydrauliques conviennent. Mais pas les centrales nucléaires, qui ont besoin de temps pour changer de régime ; ce sont des sumotoris, puissants, mais manquant de souplesse.

 

C'est pourquoi dans un pays comme la France, fortement équipé en nucléaire, la construction massive d’éoliennes entraînerait nécessairement des émissions accrues de CO2 : il serait nécessaire de construire de nouvelles centrales thermiques. En Allemagne, les centrales à combustibles fossiles existent déjà en nombre, il suffit de les conserver ; pour l'instant.

 


[1] On parle ici d’imposantes éoliennes, 2MW de puissancenominale, 1/3 de tour Eiffel en hauteur. La puissance nominale, c'est impressionnant, c'est généralement ce que cite la presse. Elle n'est atteinte que quelques heures par an.

[2] Pourtant, le vent, ça marche ; en août 2009, un voilier a traversé l’Atlantique à 32,94 nœuds de moyenne. Alors que le prestigieux Queen Mary ne dépassa pas 30,99 nœuds, en 1938. Quant au Titanic, il se traînait à 23 nœuds – avant de faire une mauvaise rencontre.
Cela dit, il existe quelques projets de navires marchands avec voiles. Ce qui réduirait nos émissions de CO2de peut-être une fraction de milliardième ; pas de doute, nous sommes sur la bonne voie…

[3] Rapport entre l'énergie effectivement produite sur une période, et l'énergie qui aurait été produite par un fonctionnement permanent à puissance nominale sur la même période.

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