Electricité dans l’U.E. : Risque de black-out

L’UE est-elle consciente que la question n’est plus de savoir si des black-out vont survenir mais à quelle date ils vont se produire ?

Apparemment pas !

Il est peut-être encore temps d’ouvrir les yeux.

Jean Fluchère - Juillet 2013

En matière d’énergie, l’UE dépend pour l’essentiel des pays exportateurs de pétrole, de gaz et de charbon. Les ressources indigènes du continent sont limitées et en voie d’épuisement tandis que, contrairement aux USA,  les populations s’opposent à la mise en exploitation des gaz et huiles de schiste.

Cette dépendance constitue un réel défi pour l’économie de l’UE. Mais nos pays connaissent ces problèmes qui peuvent être résolus, pour l’instant et à coûts croissants, par des approvisionnements venant des pays mieux pourvus en ressources primaires.

Pour l’électricité, vecteur énergétique nécessitant une transformation régionale, un déficit de production interne à l’UE ne peut absolument pas se régler par des importations lointaines et se traduirait par une véritable catastrophe économique et sociale.

Or les politiques menées dans le domaine de l’électricité dans les pays de l’UE, hors Scandinavie, sont alarmantes.

Un nombre assez important de centrales à charbon et à fioul doit être arrêtées d’ici à 2015 car elles ne répondent pas aux exigences de la Directive sur les teneurs en oxydes de soufre et d’azote dans les émissions de gaz de combustion. C’est le cas en France avec 7 000 MWe à arrêter d’ici 2015. C’est également le cas en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Belgique….. En outre, des centrales nucléaires sont arrêtées ou vont l’être en Espagne, en Belgique et en Allemagne.… Et, à ce jour, aucun des pays n’a en cours de construction les capacités de remplacement de ces centrales alors qu’il faut de 5 à 7 ans entre le moment où les décisions sont prises et le moment où les premiers mégawattheures sont livrés au réseau. L’UE est même dans la situation complétement inverse en arrêtant des centrales au gaz très récentes comme c’est le cas au moins en Espagne, en France  et en Allemagne en raison des perturbations économiques entraînées par les EnR (énergies nouvelles renouvelables aléatoires : éolien et photovoltaïque) ; elles sont sollicitées pendant des durées très inférieures à celles nécessaires au retour sur investissement. En outre, l’apparition de prix négatifs de l’électricité les rend impossibles à amortir.

En France, le récent rapport de RTE montre une rupture dès 2016.

Est-ce que cette question vitale pour le continent préoccupe les instances de l’UE ?

L’UE fait-elle de la prospective sur la consommation d’électricité et sur l’équilibre production-consommation ? Non.

Est-elle consciente que désormais la question ne se pose plus de savoir si des black-out électriques nous guettent mais seulement à quelle date ils vont se produire !

Apparemment pas !

Les instances de l’UE sont seulement préoccupées par le marché.

Sans réaliser qu’il ne peut y avoir un marché sans marchandises !

Depuis 1996, elles ont complétement déstabilisé l’équilibre production-consommation sur le vieux continent avec la directive sur l’ouverture du marché de l’électricité à la concurrence en cédant à la pression de la Grande Bretagne qui était dans sa grande période d’idéologie libérale.

Avant l’adoption de cette directive, de nombreux pays, dont la France, avaient démontré les risques d’une telle décision dans ce domaine si particulier où les investissements sont très lourds et inscrits dans la durée. Considérés comme protectionnistes dans le grand marché européen, ayant érigé en vertu cardinale la libre circulation des biens et des personnes dans un continent où la concurrence libre et parfaite allait faire le bonheur des habitants, ils furent balayés par l’idéologie en vigueur.

Bien entendu, les faits sont têtus et donnent raison à ceux qui avançaient des arguments contraires à cette approche.

Le parc de production vieillit dans tous les pays de l’UE en raison des reports des investissements et la puissance installée baisse comme le montrent les  études faites en France, en Espagne, en Italie, au Royaume Uni, en Belgique et en Allemagne.

Les marges économiques des électriciens ont fondu ou n’existent plus comme en Espagne. Les entreprises du secteur n’ont pas pu constituer les provisions capitalistiques de renouvellement du parc de production.

La valeur des actions qui témoigne de la confiance des investisseurs s’est effondrée ce qui revient à dire que les électriciens ne trouveront pas des capitaux ailleurs que dans leurs fonds propres lesquels sont hélas trop faibles.

De plus, n’ayant plus de vision sur leur marché, ils retardent tellement les décisions qu’à l’heure actuelle, il est devenu évident que les outils de production d’électricité ne pourront pas satisfaire les besoins à horizon 5 ans.

Les instances de l’UE ont-elles pris conscience de ce danger ? Seront-elles capables d’en tirer les conséquences ? Sauront-elles modifier les politiques ?

Comprennent-elles qu’un marché européen de l’électricité n’est pas possible quand chaque pays est souverain dans les critères de choix de ses moyens de production ?

Peut-on imaginer un marché où les choix ne sont plus faits en fonction de la rationalité des coûts marginaux et des durées d’utilisation espérées mais sont fondés sur l’idéologie ?

Les instances de l’UE persistent dans leur idéologie du marché et si les choses ne vont pas bien, c’est seulement parce que le marché n’est pas suffisamment ouvert ! Et elles préconisent le renforcement des réseaux d’interconnexion en oubliant que le réseau ne produit pas d’électricité mais en consomme.

Or Bruxelles est devenu un espace de lobbying forcené où le poids lourd allemand n’a personne en face de lui, la France encore moins que les autres pays avec son nucléaire honteux et l’accusation permanente de tenir son marché à l’abri de la concurrence.

Personne ne semble capable d’expliquer que dans un marché où les choix des outils de production se font sur des critères différents, les prix ne peuvent converger qu’au détriment de ceux qui ont fait des choix rationnels et au bénéfice de ceux qui font des choix idéologiques.

Pénaliser les Français qui ont fait des choix judicieux pour en faire profiter les pays voisins qui n’assument pas les mêmes, constituerait une profonde injustice laquelle alimentera encore le ressentiment anti-européen ce qui n’est assurément pas souhaitable.

L’Allemagne, dépassée par sa production d’EnR aléatoires et incapable de développer des moyens de stockage à la hauteur, pousse à l’augmentation de puissance des interconnexions. Pourtant, la Chancelière, elle-même alertée, commence à dire que ces productions ne doivent progresser à l’avenir qu’au même rythme que le développement du réseau allemand. Et son ministre de l’Environnement y ajoute l’accroissement de la capacité des interconnexions.

C’est le genre de message qui plait aux oreilles de Bruxelles : pour échanger dans l’Union, encore faut-il avoir des autoroutes de l’électricité !

L’Allemagne fait aussi miroiter l’intérêt d’une filière hydrogène « propre » dont le rendement est dérisoire (environ 20 %) au regard des investissements qu’elle impose.

Pour le « confort » des gestionnaires de réseaux, elle incite les instances de l’UE à créer un parc de capacités de production d’électricité mobilisables rapidement pour suivre la demande ou faire face aux aléas de la production EnR. Sans dire que ce parc sera sous utilisé et occasionnera un surcoût pour les consommateurs

Il est évident aussi qu’elle s’opposera à toute évolution de la directive sur le marché des permis d’émission de GES dont les prix dérisoires lui évitent une charge supplémentaire. Tout comme elle est en train de s’opposer à un durcissement des normes de rejet des véhicules.

Or ce fameux modèle allemand ne peut absolument pas être une référence pour les raisons ci-après :

·         La situation énergétique a été complétement faussée pendant la période 1990 à 2005 en raison des conséquences de la réunification. L’Allemagne de l’Est, comme tous les pays de l’Est, était très inefficace sur le plan énergétique. Lors de la réunification,  beaucoup de ses secteurs industriels n’ont pas résisté à la compétition internationale et de nombreuses usines ont dû fermer. Les productions ont soit été reprises par les usines performantes de l’Allemagne de l’Ouest, soit par de nouvelles installations à l’Est. Puis, à partir de 2008, la situation énergétique a été de nouveau affectée comme dans tous les autres pays par la crise financière puis économique.

·         Les EnR ont à peine écorné la consommation totale d’énergie primaire, le taux de dépendance énergétique n’a pas varié, et  elles n’ont pas fait baisser les émissions de CO2,

·         Et pourtant le développement excessif des EnR aléatoires :

o   met gravement en péril la sûreté du système électrique allemand et celui des pays limitrophes,

o   pose des problèmes de stockage loin d’être résolus à ce jour, seules les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP) étant efficientes,

o   a fait bondir les prix de l’électricité pour les ménages à un point tel que la population assujettie à ces charges commence à les trouver insupportables, opinion partagée par le ministre de l’Economie,

o   suppose un montant d’investissement de 1 000 milliards d’€ d’ici 2030, soit la moitié de la dette souveraine, montant qui inquiète le ministre de l’Environnement,

o   fait ressortir un déficit de production électrique à partir de 2020, déficit qui va aller croissant jusqu’en 2050 pour atteindre 100 TWh,

o   a fait émerger une bulle financière profitant à un lobby EnR très puissant,

o   aboutit à une perturbation du marché européen de l’énergie électrique par l’apparition de prix nuls voire négatifs auxquels les électriciens sont contraints d'écouler la production des installations qu'ils doivent maintenir disponibles pour pallier l'intermittence des EnR,

o   provoque un véritable « carnage économique »  dissuadant les investissements d’avenir chez l’ensemble des grands électriciens de l’UE car les EnR obligent les électriciens à sous-utiliser et, finalement, à désarmer des outils de production mobilisables à l’appel, comme les centrales  à cycles combinés à gaz récentes.

o   n’a pas permis de conserver la production indigène de panneaux photovoltaïques,

o   impose à certains pays limitrophes de placer des appareils de limitation des échanges sur les interconnexions, ce qui constitue la négation totale de leur rôle premier.

 

L’Espagne, qui a été séduite par les EnR, se trouve aujourd’hui dans une impasse et son gouvernement a mis fin aux dispositions artificielles de développement de ces moyens de production après avoir ruiné ses électriciens.

L’Italie voit son déficit de production électrique croître et serait en black-out permanent sans les importations en provenance des pays voisins.

La Pologne et la Tchéquie ont leur réseau électrique profondément déstabilisé par les flux d’électricité imprévisibles en provenance des EnR allemands. Si bien que ces deux pays installent sur leurs interconnexions des dispositifs de protection qui sont la négation même de leur rôle premier dans la sûreté du système électrique.

L’UE fait-elles de la prospective sur la consommation d’électricité et sur l’équilibre production-consommation ? Non.

Est-elle consciente que désormais la question ne se pose plus de savoir si le black-out électrique nous guette mais seulement à quelle date il va se produire !

Elle est empêtrée dans ses 3 x 20 pour 2020, sans voir que les objectifs de réduction de gaz à effet de serre ne seront pas tenus en raison du retour en force de la  production électro-charbonnière. Sans voir que l’accroissement des économies d’énergie ne sera pas au rendez-vous car les dépenses excessives faites dans les EnR, qui écornent à peine la consommation en énergies primaires, évincent les dépenses qu’il faudrait consentir dans les travaux d’isolation thermique. Sans voir que l’on peut atteindre les 20 % d’énergies renouvelables sans éoliennes et photovoltaïque qui déstabilisent le réseau d’électricité, mais grâce au chauffage solaire direct, à l’eau chaude sanitaire, à la récupération d’énergie procurée par les pompes à chaleur, à la biomasse et aux biocarburants de nouvelle génération.

Les instances de l’UE, soucieuses du marché libre et non faussé, devraient prendre conscience que les EnR n’ont que des droits, en particulier celui d’être achetés en totalité à prix fixé (au grand dam des consommateurs qui les rémunèrent), et conduisent à ne plus pouvoir amortir certains investissements lourds d’appareils du parc de production mobilisables à l’appel qui, de son côté, n’a que des devoirs vis-à-vis de la sûreté du système électrique.

Elle prépare tranquillement une directive sur l’augmentation de puissance des interconnexions électriques et une politique pour promouvoir la filière hydrogène qui sont autant de gabegies économiques.

Elle menace la France des sanctions  considérant qu’elle n’ouvre pas suffisamment pas son marché de l’électricité, ce qu’il faut traduire par « qui n’augmente pas assez les prix pour permettre une concurrence de la part des électriciens moins performants qu’EDF » !

La France, parlons-en !

Elle se complait dans un débat surréaliste sur la soi-disant transition énergétique, qui n’est autre qu’un débat sur l’électricité et la place du nucléaire. Un débat où les sphères gouvernementales sont obnubilées par « l’exemple allemand » et dont elles ont confié le pilotage aux idéologues.

Il est plus que temps de réintroduire de la compétence dans ce débat et de demander aux représentants de la France à Bruxelles d’expliquer aux instances de l’UE qu’elles commettraient une grave erreur en cherchant à nous imposer un modèle qui, non seulement détruirait le nôtre, alors qu'il est performant, mais mènerait  également tous les autres états membres dans une impasse.

Il est peut-être encore temps d’ouvrir les yeux.

 

 

le présent document est un point de vue de Jean Fluchère, publié sur le site de Sauvons Le Climat :
http://www.sauvonsleclimat.org/points-de-vue-de-signatairehtml/electricite-dans-lue-risque-de-bblack-o
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