L'abandon de la taxation du CO2 : une occasion perdue.

 

L'abandon de la taxation du CO2 : une occasion perdue.

 

Le gouvernement a annoncé qu'il renonçait à la mise en oeuvre de la « taxe carbone » en attendant que les autres Etats européens décident de la mettre en application et que soit instituée une taxe carbone à la frontière. En fait, ces conditions n'ont pratiquement aucune chance d'être remplies. Il s'agit donc bien d'une décision de renoncement pur et simple, sans analyse sérieuse et dans la précipitation.

A juste titre, Michel Rocard considère que le gouvernement aurait pu conditionner la mise en place de la taxe carbone à une accélération de la mise aux enchères des quotas au niveau européen. Saluons, au passage, la prise de position très claire et pédagogique de l'ancien Premier Ministre faite sur France Inter le 24 mars. De même nous apprécions à sa juste valeur le courage de Madame Jouanno qui a regretté la prise de position du gouvernement en termes particulièrement sentis. Dans cette affaire, le gouvernement n'est pas le seul à s'être décrédibilisé :

Il est clair que, après les déclarations péremptoires du Président de la République comparant l'institution de la taxe carbone à l'abolition de la peine de mort, l'abandon de la taxe ôtera beaucoup de leur poids aux interventions de la France dans les discussions climatiques. Ceci est d'autant plus regrettable que, de par son mix électrique peu émetteur de CO2 (90% de notre électricité est produite sans émission de CO2), l'efficacité d'une taxe carbone aurait été particulièrement grande dans notre pays puisqu'elle permettait d'agir sur les émissions diffuses dont le poids relatif est plus important que chez nos voisins. A titre d'exemple, le développement d'un parc de voitures électriques aurait un impact immédiat sur nos émissions de CO2, au contraire de ce qui pourrait se passer dans des pays comme l'Allemagne dont l'électricité est essentiellement produite par des centrales à charbon ou à gaz. La même chose peut être dite d'un passage du chauffage au fioul et au gaz au chauffage électrique (autant que possible avec pompe à chaleur).

En fin de compte, comme l'a dit Michel Rocard, une augmentation du prix des combustibles fossiles est inéluctable. Renoncer à la taxe carbone c'est, à terme, accepter de payer la taxe aux pays producteurs de gaz ou de pétrole, c'est en quelque sorte reculer pour mieux sauter, et sauter de plus haut, ce qui est plus dangereux!

  • Le Parti Socialiste s'est opposé dès le départ à la taxe carbone en lui reprochant d'être socialement injuste, mais en « oubliant » que la redistribution intégrale du produit de la taxe prélevée sur les particuliers sous forme de chèques « verts » la transformait, en réalité, en un système de bonus-malus à somme nulle et lui donnait un rôle plutôt re-distributeur dans la mesure où, en moyenne, les forts revenus consomment plus de combustibles fossiles que les faibles. Rien n'empêchait le PS de chercher à améliorer les décrets d'application. La politique politicienne a pris le dessus et nous ne pouvons que le regretter.
  • Les Verts et Europe Ecologie ont fait la fine bouche en exigeant une taxe plus lourde et en dénonçant la non taxation de l'électricité et les diverses dérogations. Comme on pouvait s'y attendre, cette surenchère joua le rôle du pavé de l'ours. Pourquoi ne pas avoir soutenu la taxe en la considérant comme une première étape ? « Plus pur que nous tu meurs…. »
  • Le MEDEF fit preuve, en cette occasion, d'un aveuglement coupable. En effet, si le montant de la taxe prélevée sur les entreprises hors quota avait été remboursé sous forme d'allègement de charges sociales leur compétitivité, au lieu d'être menacée, aurait été améliorée !
  • Plutôt que de se mettre vent debout contre la taxe, les agriculteurs et les pêcheurs auraient pu demander que les agro-carburants leur soient réservés, ce qui les auraient mis à l'abri des fluctuations du prix du gazole.

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