La transition énergétique et la production d’électricité : la face cachée de la loi « LTE »

Une étude de Jean-Pierre Pervès à télécharger :
www.sauvonsleclimat.org/images/articles/pdf_files/etudes/Analyse de la LTE.pdf

Résumé  de l’étude

Un élément très médiatisé de la loi sur la transition énergétique (LTE) est l’engagement du Président de la république de réduire d’un tiers, à 50%, la contribution de l’énergie nucléaire à la production d’électricité en 2025 en développant les énergies renouvelables électrogènes : cette orientation figure clairement dans le projet de loi, associée à un objectif de 40% d’EnR en 2030 et à une limitation à 63 GW, niveau actuel, de la puissance nucléaire installée. Or les déclarations de Ségolène Royal, Ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, dans l’Usine nouvelle N° 3406 du 13 janvier 2015 soulignent l’importance de notre programme nucléaire dans la lutte contre les gaz à effet de serre (GES), nucléaire grâce auquel la France a déjà réalisé une part importante de la transition énergétique : nos émissions de gaz carbonique du secteur électrique sont seulement de 33,9 millions de tonnes en 2013 pour une production de 551 TWh, soit 61,5 g/kWh. A titre de comparaison en Allemagne, qui a déployé un vaste parc d’énergies renouvelables électrogènes, supérieur en puissance à notre parc nucléaire, le secteur électrique a émis 477 g/kWh.

L’étude ci-après révèle ce que seront les performances du mix électrique français et sa production physique réelle vers 2030 si on s’obstinait à respecter les objectifs proposés par la LTE. Elle s’appuie sur le scénario « nouveau mix » présenté par « Réseau de transport d’électricité » (RTE) dans son « Schéma décennal de développement du réseau électrique 2014 » (SDDR), qui répond presque exactement aux objectifs de la loi avec 63,7 GW intermittents (multiplié par 5,4 par rapport à 2013). Ce scénario présente l’avantage d’un plus grand détail des puissances mises en jeu (par rapport à celui présenté dans l’Etude d’impact de la LTE), et des productions de chacune des sources d’énergie.

L’analyse des productions actuelles des énergies intermittentes, basée sur les données détaillées fournies par l’ensemble des réseaux français et européens, montre que, dans le contexte français, les gigantesques programmes de développement de l’éolien, du solaire photovoltaïque et de l’hydrolien qui résulteraient de la LTE (environ 10 milliards € d’investissements par an) auront un impact au mieux quasiment nul, au pire négatif sur les émissions de GES. Mais ils conduiront inéluctablement à une croissance forte du coût de production et de distribution de l’électricité. Ce surcoût sera payée par le consommateur via une taxe, la CSPE, qui pourrait s’élever à près de 13 milliards € par an en 2025 et plus de 16 milliards € en 2030 si la LTE était mise en application sans modifications des conditions d’utilisation et des prix d’achat des productions intermittentes. De plus, ce programme ne fera qu’amplifier le déficit commercial du pays (importations d’équipements et de gaz pour faire face aux fluctuations de production).

L’objectif de réduction des GES (de 40% par rapport à 1990) devra être reporté sur le chauffage et les transports, au prix d’investissements qui s’ajouteront à ceux, inefficaces, consentis pour les EnR électrogènes. Par ailleurs les conséquences économiques et sociales de cette loi, amendée puis votée par les députés, ont été largement masquées dans la présentation qui en a été faite: gaspillage résultant de la réduction obligée de la production nucléaire, gabegie accompagnant le développement non maîtrisé des énergies renouvelables électrogènes, ambition proclamée d’un accroissement de l’efficacité énergétique au-delà du réaliste. Une fois de plus, au nom de la protection du climat, la LTE accumule des promesses excessives, ruineuses et inefficaces alors que la France est déjà une des nations les plus performantes d’Europe en termes d’émission de GES.

La LTE repose ainsi sur une confusion des objectifs destinée à préserver, au moins en apparence, les engagements du gouvernement, tout en s’efforçant de donner une image exemplaire de la France en prévision de la conférence sur le climat de décembre 2015. Alors que l’objectif de cette conférence est une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre (GES) au niveau mondial, le gouvernement français continue à mettre en avant le développement des énergies renouvelables (EnR) électrogènes, aux dépens d’autres priorités comme la réduction de l’usage des combustibles fossiles dans les transports et les bâtiments et l’utilisation d’une production nucléaire pourtant décarbonée et très compétitive. Attribuer une réduction des émissions de CO2 au déploiement des EnR électrogène est mensonger en France et conduira à un échec. Bien que cette étude n’ait pas pour ambition un calcul prévisionnel du prix de l’électricité en 2030, les incertitudes étant trop élevées, elle donne cependant des informations chiffrées importantes sur les grands postes de dépenses qui résulteront de la loi et qui fragiliseront notre économie et pèseront sur les revenus des familles.

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