Energie et climat : Ce que « Sauvons le Climat » suggère au nouveau gouvernement

Depuis longtemps notre collectif « Sauvons le Climat » s’insurge contre le fait que des investissements considérables sont encouragés au nom de la réduction des émissions de gaz à effet de serre sans que des calculs approfondis du coût d’évitement du carbone qu’ils doivent permettre ne soient réalisés.

Déjà lors du lancement du « Grenelle », dans le cadre d’un colloque que nous avions organisé au Sénat, nous nous étions inquiétés de la tournure que risquaient de prendre les événements : «  La rigueur scientifique ferait-elle peur ? » écrivions-nous dans le journal édité à l’issue de cette manifestation.

La suite des événements nous a confirmé la pertinence de ce questionnement.

Comme nous n’avons cessé de le montrer, les mesures retenues pour lutter contre l’effet de serre ont essentiellement porté sur le remplacement de sources d’énergies déjà décarbonées[1] par d’autres, bien plus coûteuses. Complaire avec zèle aux exigences de Bruxelles[2] fut-il la seule justification des mesures édictées ?

La réattribution de fonctions au sein du nouveau gouvernement nous conduit à espérer que le réalisme et la compétence vont rependre le dessus dans une perspective de limitation réelle des gaz à effet de serre.

Il ne nous paraît pas inutile de rappeler quelques chiffres :

-          Pour l’éolien : si les objectifs du Grenelle pour 2020 sont atteints (25.000 MW dont 19.000 pour l’éolien terrestres et 6.000 pour l’offshore) on arriverait, en conservant le tarif terrestre et en situant celui de l’offshore à 150 € le MWh[3], à un surcoût de 5,5 milliards d’Euros par an à la charge de consommateurs.

-          Pour le photovoltaïque : si les objectifs du Grenelle pour 2020 sont atteints (5.400 MW prévus) le surcoût devrait avoisiner (rapport Charpin) 4,5 milliards d’Euros par an.

Au total, en 2020, pour les seules obligations d’achat portant sur ces deux énergies ce sera donc une surcharge annuelle de quelques 10 milliards d’Euros qui devra, d’une manière ou d’une autre, être répercutée sur le prix de l’électricité, ce sans même compter le montant des crédits d’impôts qui viendront grever le budget de l’Etat.

Si l’on ajoute à ces coûts ceux induits par le renforcement du réseau électrique que vont imposer l’arrivée massive d’énergies discontinues, les effets de la loi Nome et les besoins normaux d’EDF en investissements pour renouveler un parc de centrales qui a peu évolué depuis près de deux décennies, on comprend qu’Henri Proglio dans son courrier de juin 2010 à Jean Louis Borloo mentionnait un surcoût de 15 milliards d’Euros par an à partir de 2015.

Ce montant reviendrait, si rien n’est fait pour atténuer les effets des programmes en cours, à devoir envisager des hausses de près de 50 % des tarifs de l’électricité[4].

A cet état sommaire des errements commis au nom de l’effet de serre[5], il conviendrait aussi d’ajouter les effets de la RT 2012 qui va, de fait, imposer le chauffage au gaz en lieu et place du chauffage électrique, qui lui ne rejette pas de CO2[6].

 

Pour corriger ces dérives qui risquent fort de fragiliser les plus faibles et handicaper la compétitivité de notre pays, nous vous demandons que le nouveau gouvernement veuille bien considérer les quatre suggestions suivantes, suggestions qui pourraient faire l’objet de la mise en place d’une commission parlementaire :

1)      Que chaque projet d’investissement effectué au nom de la réduction des émissions de gaz à effet de serre fasse au préalable l’objet d’une étude permettant de déterminer quels seront les coûts d’évitement du carbone, l’objectif clairement affiché devant être à la fois une minimisation des émissions de CO2 et du coût de l’électricité.

2)      Qu’un moratoire sur le déploiement de l’éolien (terrestre et offshore) et du solaire photovoltaïque soit proclamé jusqu’à ce que les études précitées aient été entreprises sous l’égide d’organismes indépendants.

3)      Qu’en ce qui concerne la RT 2012, conformément à ce que prévoit la loi, le critère d'énergie primaire exprimé en kWh par m2 soit assorti d'un niveau maximum d'émissions de gaz à effet de serre, exprimé à l'identique des diagnostics de performance énergétique en kg de C02 par m2.

4)      Que la France engage des négociations avec l’Union Européenne pour revoir certains aspects du « paquet climat » qui la contraint à réaliser des investissements couteux et inutiles alors que par d’autres moyens que ceux préconisés elle serait en mesure d’atteindre, voire de dépasser, les objectifs qui lui ont été assignés en termes d’émissions de GES.



[1]En France continentale le nucléaire et l’hydraulique pourvoient à 90 % de la fourniture de l’électricité.

[2]Le « paquet climat »

[3]Cf notre communiqué « Eoliennes en mer, un contre sens économique et environnemental » (http://sauvonsleclimat.org/new/spip/IMG/pdf/Eolien_offshore_communique.pdf). Le tarif officiellement en vigueur est celui fixé par l’arrêté du 10/07/2006 à 130 € qui risque fort de ne pas correspondre à la réalité. Le chiffre de  200 € (hors frais de branchement au réseau) a été revendiqué par le représentant du Syndicat des Energies Renouvelables, lors du Forum Energies Marines organisé à Lorient, en mai 2009.

[4]Le chiffre d’affaires d’EDF était pour le premier semestre 2010 de 37,5 milliards d’Eurosdont 18,9 (presque exactement la moitié) en France

[5]Pour être totalement objectif nous croyons devoir mentionner à l’actif du précédent gouvernement le lancement de deux EPR, l’excellent plan chaleur et les efforts entrepris pour lancer la voiture électrique.

[6]Communiqué « Commentaires sur la RT 2012 et la norme BBC » (http://sauvonsleclimat.org/new/spip/IMG/pdf/Prevot_RT2012-SLC-2.pdf )

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