Après Copenhague
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- Publié le Mercredi, 03 Février 2010 11:44
- Thème parent : Climat / Environnement
- Thème: Groupement International d'Etudes sur le Climat

Le sévère échec de COPENHAGUE signifie-t-il que les plus grands pollueurs de la planète ne veulent pas agir ? Pierre Delaporte nous livre ses réflexions sur ce que pourrait être l'après Copenhague.
Fin 2007 – début 2008, j'ai diffusé « APRES KYOTO » une courte note destinée essentiellement aux auditeurs du CHEEDD1 qui montrait qu'en matière de changement climatique, il serait vain d'essayer de rapprocher les points de vue américain et chinois (entre autres) dans la ligne esquissée par les accords de KYOTO. Ce texte a néanmoins, par le truchement de Claude MANDIL, intéressé les autorités bruxelloises, et le Président BARROSO a tenté de l'utiliser dans une pré-négociation avec le gouvernement chinois. Cette initiative généreuse et courageuse s'est évidemment heurtée à un rejet courtois mais très ferme de la part des Chinois. Bien entendu, il en aurait été de même avec les USA comme le sévère échec de COPENHAGUE a contribué à le démontrer. Est-ce dire que les plus grands pollueurs de la planète ne veulent pas agir ?
Pas du tout car ils font effectivement des efforts non négligeables mais surtout car ils cherchent avec opiniâtreté et talent les deux pierres philosophales qui sont, et de très loin, les meilleurs moyens de modifier de façon drastique la dérive climatique actuelle, savoir la mise au point de :
- La voiture propre ;
- La séquestration du carbone ;
Ces deux bouleversements énergétiques ne sont probablement pas si lointains (10, 15, 20 ans) mais leur mise en œuvre sera lente.
En attendant ces mutations que peuvent tenter les Européens pour confirmer le leadership moral qu'ils ont acquis de façon unilatérale et courageuse ? La première possibilité est un peu simplette : faire un pas de plus par rapport aux décisions déjà prises. Par exemple, diminuer de 25 % et non de 20 % leurs émissions de CO2. Pas très sexy n'est-ce pas ?
Les ministres européens viennent d'ailleurs (janvier 2010) d'examiner et rejeter cette idée qui n'était mollement avancée que par une petite moitié d'entre eux. La seconde est d'opérer une extension géopolitique des orientations actuelles certainement pas en tendant la main aux 190 participants de COPENHAGUE et pas même en formant une force d'action groupant tous les Européens dont les situations sont, malgré leur proximité, trop différentes. Il s'agirait, en fait, de lier très fortement les évolutions de un, deux ou trois Européens à celles de certains de leurs voisins. Nous avons choisi, pas du tout par hasard, de regarder ce qui pourrait être réalisé entre trois pays ayant des frontières communes et possédant les caractéristiques suivantes :
Pays A (La France ?) 60 millions d'habitants 6,5 T Emission CO2 per capita
Pays B (L'Espagne ?) 40 millions d'habitants 7,5 T Emission CO2 per capita
Pays C (Le Maroc ?) 30 millions d'habitants 3 T Emission CO2 per capita
Soit au total 780 millions de tonnes
Les deux européens ont déjà pris l'engagement de réduire leurs émissions de CO2 de 20 %. Ils accepteraient – dans notre réflexion – d'étendre ce moins 20 % au total des 3 pays tout en ouvrant aux pays du Sud la possibilité d'augmenter eux de 20 % leurs émissions. Ceci se traduirait par un effort faisant passer les émissions de CO2 (aux mouvements de population et aux arrondis près).
pour A de 5,2 à 4,9 T CO2 /an/habitant
pour B de 6 à 5,5 T CO2 /an/habitant
alors que C passerait de 3 à 3,6 T CO2/an/habitant.
La mise en œuvre d'un tel accord serait-elle viable et serait-elle importante ?
Sur le premier point un nouveau regard-tripartite- sur les actions conduites dans chacun des trois pays et une entraide importante devraient permettre au prix d'efforts raisonnables d'atteindre les buts recherchés.
Donnons simplement quelques exemples pour être concret :
Dans le cas de la France :
- arrêt du gâchis éolien ;
- révision des méthodes (cinq fois trop onéreuses, en matière de photovoltaïque selon l'association SLC2)
- transfert d'effort vers les immeubles construits entre 1950 et 1970, etc.
Pour le sud de la zone :
- étude en commun soigneuse des possibilités de déforestation ou reforestation
Et pour tous :
- mise en œuvre des modifications comportementales par l'information et la mise en place de Taxes Carbone intelligentes.
- en matière de nucléaire : renouveau rapide en France, renaissance à 10 ans en Espagne, lente et minutieuse préparation (à 20 ans) au Maroc.
- bilan global des possibilités réelles des ENR (en particulier STEP3 )
- …
Sur le second point nous ne reviendrons pas sur l'énorme intérêt qui résiderait dans l'organisation d'un partenariat privilégié entre le Maroc et l'Europe. Au prix d'un effort modéré, ce pays peut accéder à une prospérité raisonnable grâce, en particulier, à la très bonne qualité de ses élites et à la sage prudence de son gouvernement.
Cette vitrine de co-développement durable donnerait un vrai contenu à la notion trop vague de partenariat privilégié et pourrait faciliter grandement une solution au délicat problème posé par les liens de l'Europe avec la Turquie. Il n'est peut-être pas inutile d'ajouter que l'exemple choisi pour faire simple n'exclut en rien l'adhésion volontaire d'autres pays à un des dispositifs régionaux et, par exemple, celle du Benelux à l'axe France – Espagne – Maroc ou encore la création d'un autre axe et, là encore, par exemple, Benelux –R.F.A.– Italie – Tunisie.
Pierre Delaporte
Président d'honneur d'EDF



