L’atome hexagonal
TITRE : L’atome hexagonal
AUTEURS : Alain Leridon
EDITEUR : ALEAS
ANNEE : 2009
Note de lecture
Alain Leridon a passé sa vie professionnelle au CEA en la terminant comme chef de service à Cadarache. Il a également été militant CFDT. Cette double expérience lui a permis de rédiger un ouvrage très intéressant sur la naissance, le développement et la maturité du programme électro-nucléaire français. Les éléments techniques permttant de comprendre les enjeux politiques et sociétaux de ce programme sont clairement, scientifiquement et objectivement présentés. Après l'évocation des premiers pas de l'atome en France, inspirés par Joliot et son équipe, la fracture consécutive à la rupture entre l'Union Soviétique et les pays occidentaux, l'interaction entre le programme électro nucléaire initial, celui correspondant à la filière Uranium naturel graphite gaz et le programme militaire visant au développement d'une arme nucléaire, programme remontant bien avant la prise du pouvoir par le Général De Gaulle, est bien mise en évidence. Il faut attendre les années 60 pour que le nucléaire civil prenne son autonomie par rapport au nucléaire militaire. Dans un deuxième temps les luttes sourdes entre EDF et CEA pour le choix de la filière française sont décrites avec subtilité. Si, finalement, l'EDF réussit à imposer le choix des réacteurs REP sous licence Westinghouse, André Giraud réussit à ce que le CEA francise la filière, soit chargé de la construction d'Eurodif et pousuive le programme de surgénération. A partir de 1968 et, surtout, de 1973 la contestation antinucléaire se développa en même temps que le nombre de réacteurs. Elle se renforça évidemment après Tchernobyl.
L'auteur laisse entendre, à plusieurs reprises, que le développement du programme français aurait pu (dû) être accompagnée de procédures plus démocratiques. En réalité on est frappé de voir que le débat public sur le nucléaire n'a pas cessé depuis les années 60. Aucun autre programme énergétique, industriel ou même agricole, n'a donné lieu à un tel débat. Ceux qui ont, depuis toujours, protesté contre le manque de débat démocratique dans le domaine de l'électro nucléaire sont ils vraiment sincères, où utilisisent-ils cet argument à fin purement polémique? Sur ce point je trouve l'analyse de l'auteur un peu trop angélique. Les uns comme les autres considèrent que ne sont démocratiques que les procédures qui assurent leur propre victoire. Ce qu'on peut regretter c'est le manque d'information simple et compréhensible sur le sujet, dû au silence souvent arrogant des organismes, d'une part, à la mauvaise foi des opposants d'autre part. Je regrette aussi que l'auteur n'ait pas analysé suffisamment les raisons du succès impressionnant du programme électronucléaire français, et, tout particulièrement, des conditions qui ont permis la formation en nombre suffisant de techniciens et d'ingénieurs de grande qualité, tout dévoués à leur tâche. Une telle analyse aurait pu être utile pour l'avenir. Malgré ces quelques réserves je trouve que ce livre est important et que toute personne intéressée par le futur du nucléaire en France aurait intérêt à le lire, car une construction valable de l'avenir ne peut se faire sans connaissance du passé.
Henri Prévôt
