Treize et deux contes de fées sur le tournant énergétique allemand
- Détails
- Publié le Lundi, 12 Septembre 2011 17:18
- Écrit par SLC
- Treize et deux contes de fées sur le tournant énergétique allemand
- N°1 - Le conte du modèle énergétique allemand
- N°2 - Le conte de l’inutilité des sept centrales nucléaires mises à l’arrêt
- N°3 - Le conte du faible coût du tournant énergétique
- N°4 - Le conte du bénéfice environnemental des énergies renouvelables
- N°5 - Le conte du gros potentiel d'économies d'énergies
- N°6 - le conte des nouveaux moyens de stockage de l'électricité
- N°7 - Le conte de la voiture électrique comme moyen de stockage du courant électrique
- N°8 - Le conte du soleil qui n'envoie pas de facture
- N°9 - Le conte de l'électricité éolienne :
- N°10 - Le conte de la géothermie
- N°11 - Le conte du saut technologique
- N°12 - Le conte du bénéfice de la décentralisation
- N°13 - Le conte du miracle des emplois : les énergies
- N°14 - Le conte du courant électrique écologique
- N°15 - Le conte de la recherche, vraiment sans a-priori , d’un site de stockage ultime de déchets nucléaires
- Conclusion
- Notes
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N°2 Le conte de l’inutilité des sept centrales nucléaires mises à l’arrêt
Alors que le gouvernement décidait un prétendu moratoire dans une action précipitée, comme si un tsunami menaçait dans les prochains jours, et mettait à l’arrêt les sept plus vieilles centrales, un grand cri de joie s'éleva tant au SPD ou chez les verts, que dans les médias qui leurs sont inféodés, parce qu’aucun blackout national ne survenait. Ainsi, selon le point de vue de ces experts énergétiques autoproclamés, il était démontré que ces centrales nucléaires – et peut-être d’autres encore – étaient complètement superflues.
Il ne leur était pas venu à l’idée que les opérateurs de ces centrales, toutes des sociétés par action cotées en bourse, ne maintenaient pas en fonctionnement ces centrales seulement comme un passe-temps ni pour irriter les écologistes, mais bien parce qu’ils en vendaient le courant en Allemagne et en Europe. Fut aussi ignoré le fait qu’en collaboration avec les opérateurs de réseau, prenant en charge leur responsabilité vis-à-vis de leur client et de leur voisins européens, les opérateurs ont joué sur tous les registres – même les plus problématiques (voir plus bas) – pour éviter un effondrement du réseau en dépit de la déconnection précipitée.
Ce qui en arrière-plan et sans couverture médiatique s’est passé réellement était tout autre :
A cause de la tension sur le réseau électrique, les opérateurs de réseau renoncèrent pour partie aux travaux de maintenance et d’entretien sur le réseau très haute tension car en cas d'une déconnection même temporaire le risque d’une perte de courant généralisée aurait été trop élevé.
Même des chantiers en cours ont été affectées : ainsi les travaux de renouvellement du transformateur de Grosskrotzenburg ont été interrompus.
M Teyssen, patron de E.On a indiqué que les centrales à gaz et à charbon de E.On ont fonctionné au maximum et que les travaux de maintenance dont l'échéance était arrivée, ont été remis à plus tard pour prévenir les ruptures d’approvisionnement. Les réparations aussi ont été repoussées. Les opérateurs de réseau en avaient fait la demande expresse, car ils craignaient des blackouts à court terme par suite de l’arrêt des centrales nucléaires. Selon Teyssen : « A la demande des opérateurs de réseau, nous avons repoussé même les révisions des centrales. »
C'est pourquoi, l’agence du réseau fédéral a émis publiquement une mise en garde contre d’autres décisions politiques de déconnectionde centrales.
Pour maintenir la sécurité d’approvisionnement des importations de courant sont devenues immédiatement nécessaires ; elles étaient essentielles.
Le 23 mai, les quatre grands opérateurs de transmission Tennet (autrefois E.On-Netz), Amprion, 50Hertz (autrefois Vatenfall-Netz) et EnBW ont averti que des problèmes d’approvisionnement menaçaient pour l’hiver prochain, période où le courant solaire s’effondre, l'éolien ne fournit pas de puissance pendant un certain temps, et où nos voisins ont besoin de leur courant pour eux-mêmes. Pour l’instant la situation ne saurait être maîtrisée que grâce au courant solaire et surtout grâce à l’importation d'au moins 8GW, pendant que les centrales conventionnelles nationales fonctionnaient au maximum de leur capacité. « Le réseau fonctionne déjà au minimum des standards de sécurité européen »[9].
En hiver, les jours froids sans vent, la mise à l’arrêt prolongée des sept-plus-une centrales nucléaires (la huitième est la centrale de Krümmel) conduira à un effondrement du réseau.
Selon un rapport de l’agence du réseau fédéral en date du 11 Avril, l’Allemagne fera également défaut en tant que soutien du réseau européen.
Les tenants de la sortie du nucléaire minimisent les importations d'électricité et renvoient à ses exportations. C'est une tentative de tromperie car personne ne peut être vraiment fier de ces exportations : à chaque fois que le vent souffle fort et que le réseau allemand menace de devenir instable du fait de la surproduction d'électricité éolienne, le courant en excès doit être vendu à l'étranger à n'importe quel prix. Ce "à n'importe quel prix" doit être pris littéralement car les EVU[10] allemandes, qui sont contraintes d'acheter ce courant éolien, ne reçoivent pas le moindre argent pour ces exportations de courant ; elles doivent même payer des sommes importantes pour qu'on veuille bien leur prendre cette électricité écologique.
C'est l'une des conséquences démentes de ce déploiement – avec des subventions garanties – de surcapacités gigantesques de production d'électricité éolienne en Allemagne, déploiement qui se poursuit à rythme accéléré. (Prof. H. Alt, FH Aachen[11]).
Le fait qu’avant même l’accident de Fukushima et les fermetures de réacteurs qui ont suivi, en Allemagne, une fraction du gouvernement nourrissait déjà des craintes importantes est bien démontré par le rapport « Electricité » du ministère fédéral de l’économie en date du 20 Janvier 2011 qui annonçait des risques de rupture de courant par suite des surcharges de réseau causées par le déploiement des énergies « renouvelables »
Si l'on considère les chiffres associés à cette coupe sombre dans l'alimentation électrique, on voit apparaître les problèmes suivants :
Ø Les 17 centrales nucléaires disposent d'une puissance totale de 20 480 MW.
Ø Les 8 centrales arrêtées totalisent 8 422 MW. C'est de cette quantité qu'a été amputée la production de base en Allemagne.
Ø Avant la mi-mars, les exportations quotidiennes de courant de l'Allemagne se chiffraient entre 100 000 et 180 000 MWh, ce qui correspond en moyenne à une puissance exportée de 5 800 MW.
Ø Après le 15 mars, la situation a complètement changé. Maintenant, on importe du courant, en l'occurrence 60 000 à 70 000 MWh par jour, ce qui correspond à une puissance de 2 700 MW. Essentiellement du courant nucléaire de France ou de Tchéquie, ce qui néanmoins ne dérange personne ici.
Ø Si on fait la somme du courant qu'on n'exporte plus et du courant importé, on obtient exactement la puissance supprimée : 8 000 MW.
Les politiciens anti-nucléaires, particulièrement M. Seehofer, ont annoncé triomphalement que, puisque la coupure des 8 MW n'avait pas provoqué immédiatement de blocage du réseau, c'est que, à l'évidence, ces centrales nucléaires étaient superflues. Ce dont ils ne se sont pas rendu compte, c'est que, jusqu'à cette date, l'Allemagne, grâce à ses réacteurs, était un fournisseur important d'électricité pour les pays voisins.
Selon un rapport de l'agence fédérale du réseau du 11-4-2011, l'Allemagne va perdre son rôle de support important pour le réseau européen, et, à la place, devra importer de l'électricité.
En ce qui concerne la politique de confidentialité vis-à-vis des partenaires européens, voir plus bas.
Ø La puissance de base totale de l'année 2010, c'est-à-dire la production fiable d'électricité sur l'ensemble de l'année pendant au moins 7 500 heures a été de 40 500 MW, dont 19 400 MW par les centrales au lignite, 18 600 MW par les centrales nucléaires et 2 400 MW par les centrales hydrauliques au fil de l’eau.
Ø Comme les MW coupés faisaient partie de la production de base, celle-ci a chuté à 32 000 MW (40 500 moins 8 422 MW).
Ø Le secteur de l'électricité estime le besoin à 57 000 MW en base pour l'hiver en Allemagne. En été, c'est 34 000 MW. (Holger Gassner, RWE)
Ø Donc maintenant, en hiver, c'est 25 000 MW qu'il faut produire par d'autres sources en plus de la production de base restante (auparavant, c'était seulement 16 500).
- Les importations mentionnées ci-dessus apportent 2 700 MW. Mais on peut s'attendre à ce que nos voisins aient eux-même besoin de leur électricité en hiver. Ces 2 700 MW ne sont pas garantis.
Il va falloir faire fonctionner plus longtemps que jusqu'à maintenant les centrales à charbon ; en 2010, elles ont livré 18,7% de la production totale d'électricité, mais normalement, elles ne le font pas dans la production de base avec 7 500 heures de disponibilité par an. C'est réalisable, mais l'électricité va coûter plus cher. Et on ne peut pas actuellement évaluer si cela va suffire à combler le manque de puissance indiqué ci-dessus.
Quant aux centrales au gaz, on ne peut essentiellement les utiliser que pour des durées courtes, par exemple pour compenser les pointes. Une utilisation prolongée serait trop chère.
Ø Il est possible que le manque de puissance évoqué plus haut ne se limite pas à 25 000 MW ; le Forum de l'Atome Allemand a mentionné d'autres risques le 24-3-2011. :
- Les maintenances de réacteurs déjà planifiées peuvent amputer la production de 6 600 MW supplémentaires. On aurait alors affaire à un manque de puissance de 31 600 MW en hiver.
Ø Les surcoûts dus à l'arrêt des exportations et aux importations de courant se montent à 7 millions d'euros par jour (Prof. H. Alt, Aachen).
Ø Même dans une période où la demande d'électricité est assez faible, le moratoire avec l'arrêt de 7 + 1 centrales nucléaires a conduit à une hausse de 12% du tarif spot du courant (Ralf Güldner, Deutsches Atomforum, Mai 2011). Nos voisins peuvent maintenant payer avec nous le tournant énergétique.
Ø Que l'Allemagne puisse maintenant oublier sa fonction constamment soulignée de modèle pour les réductions du CO2 (on estime les émissions supplémentaires a environ 8 millions de tonnes pour les seuls 3 mois de durée du moratoire) n'est au fond qu'une remarque accessoire
Au début de juillet 2011 au parlement européen, l'Allemagne a opposé un refus éclatant à s'engager à une réduction supplémentaire des émissions de CO2, passant de 20% à 30%. Ceci pourrait avoir affaire avec la défiance et l'incrédibilité qui se manifeste maintenant vis-à-vis de l'Allemagne.
On est littéralement dans le noir pour ce qui va arriver en Allemagne l'hiver prochain avec l'alimentation en électricité. S'il se forme l'anticyclone de Russie bien connu et si pendant plusieurs jours il n'y a pas d'électricité éolienne, pas d'électricité solaire par temps couvert et de toute façon la nuit, si les pays voisins n'envoient plus de courant, et si alors une centrale quelconque doit effectuer une réparation impossible à repousser, qu'est-ce qui va se passer ? Une seule chose est sûre : la coupe sombre massive dans la production de base allemande et européenne va considérablement augmenter le risque d'une panne de courant de très grande ampleur, qui va évidemment aussi atteindre les pays voisins qui n'y sont pour rien.
On est peut-être en train de jouer à une loterie du black-out.
Un aspect jusqu'à maintenant complètement laissé de côté en Allemagne, mais qui doit être pris au sérieux, est la grande brutalité et le manque de respect vis-à-vis des pays européens dans ces mesures énergétiques prises sans les prévenir en quoi que ce soit ni même les consulter, mesures qui ont évidemment des répercussions importantes à l'échelle européenne.
L'opinion des gouvernements de nos pays voisins vis-à-vis de l'Allemagne est extrêmement mauvaise, d'après des sources fiables. On voit revenir la vieille arrogance. Quel gâchis Madame Merkel a pu faire en Europe depuis mars, apparemment elle ne s'en rend pas compte, ou alors cela lui est égal.



