Treize et deux contes de fées sur le tournant énergétique allemand

N°1 Le conte du modèle énergétique allemand

Il est étonnant de constater combien dans le récit des politiques, l’Allemagne serait pour le reste du monde un modèle de politique énergétique et environnementale que tous, très bientôt, s’empresseraient d'imiter.

En dehors du fait qu’il n’a jamais existé en Allemagne une politique énergétique de long terme, concluante et utile au pays qu’on ait pu s'empresser d'imiter, cette vision est une preuve de la méconnaissance complète de l’opinion de l’étranger sur l’Allemagne – et de plus un témoignage d’une arrogance inappropriée : « Am deutschen Wesen … »[3]

Si l'on considère l’opinion des gouvernements étrangers sur le tremblement de terre et la catastrophe du tsunami à Fukushima et ses conséquences sur l’utilisation de l’énergie nucléaire, on arrive à une conclusion  claire : tous les pays, qui construisent et utilisent pour eux-mêmes des centrales nucléaires ont maintenu leur position. Il en est de même pour tous les pays (à l’exception peut-être de la Suisse), qui ne font qu’utiliser des centrales. Et, de tous les pays qui envisageaient d’en construire, il n’en existe qu’un seul qui ait repoussé ses projets : le Venezuela[4].

« Le monde ne comprend pas le tournant énergétique allemand » titrait le Bonner Generalanzeiger le 27 Mai dans son reportage sur la réunion du G8 à Deauville.

Les brusques mises à l’arrêt et les plans de désengagement d’une Allemagne qui n’est menacée ni par des tremblements de terre, ni par des tsunamis ont seulement suscité à l’étranger des commentaires allant de l’incompréhension à l’ironie mordante.

Finalement, par son retour à une électricité générée par charbon et gaz l’Allemagne a brisé sa fière image de défenseur modèle du climat. Les objectifs climatiques nationaux promis sont devenus  caducs :

Si l’ancienne production électrique des centrales nucléaires est remplacée pour moitié par des importations de courant (nucléaire) et pour moitié par la production de centrales à charbon et à gaz autochtones, alors, en 2018, le seul secteur de l’énergie allemand émettra 62 millions de tonnes de CO2 supplémentaires. (www.bdi.eu/pressemitteilungen_energiekostenstudie_24_04_2011.htm)[5] .

Dans les seuls trois mois depuis la mise en place du moratoire de Mars 2011, l’Allemagne a émis environ 8 Mt de CO2 additionnels[6].

Ce qui est encore présenté comme un exemple à suivre et en plus annoncé haut et fort, court donc plutôt le risque de ne plus susciter que de la pitié.

Au contraire chez nos voisins l’arrêt brutal de sept centrales nucléaires suscite plutôt une certaine irritation : pour autant que la France et la Tchéquie ont organisé les constructions des centrales de Flamanville, Penly et Temelin en ayant en vue des exportations massives de courant vers leurs voisins allemands apeurés, ils sont néanmoins perturbés par le soudain désengagement improvisé par le gouvernement allemand. Tout d’abord, ils craignent pour leur pays les répercussions d’un effondrement du réseau allemand sur l’ensemble du réseau électrique européen. De plus, comme les importantes déconnections de centrales ont soudain rendu nécessaire l’exportation de courant vers l’Allemagne, les prix sur les bourses de l’électricité ont crû aussi pour nos voisins. Ainsi le prix spot de l’électricité a grimpé de 12% et les certificats d’émissions que les opérateurs de centrales à charbon et à gaz doivent acheter a augmenté de 10% (Voir plus loin : le conte de l’inutilité des sept centrales nucléaires mises à l’arrêt).

Depuis le 17 mars 2011, l’Allemagne importe en moyenne, par jour, une quantité d’énergie d’environ 65 GWh – principalement de France et de Tchéquie mais aussi de Pologne et de Suisse. C’est essentiellement du « courant nucléaire ». Pour leur prix de vente, les opérateurs de ces centrales s’orientent sur le niveau de la bourse – celui-ci se place environ 50€ par MWh au dessus des coûts de production des centrales allemandes mises à l’arrêt. De ce fait, depuis le 17 mars, chaque jour les Allemands payent au moins 7 millions d’euros de plus pour leur consommation électrique. Les centrales nucléaires étrangères ne règlent pas leurs impôts en Allemagne non plus que l'impôt sur le combustible[7]

La chancelière avait d’ailleurs annoncé que dans le cadre du concept énergétique de 2010, il n’était pas envisageable d’importer du courant – essentiellement du courant de centrales nucléaires ; suscitant l’irritation de nombreux membres du gouvernement car les scénarios basés sur cette politique pronostiquaient, d’importantes importations de courant pour compenser l’arrêt des centrales nucléaires et à charbon.  Elle n'avait ainsi pas perçu  que son gouvernement n'a pas d'influence car, dans le marché libéral de l’énergie,ce sont  les négociants en bourse qui se déterminent selon la disponibilité et le prix.

Du reste, le plus grand pays du monde, la Chine, tous les quatre jours avec une régularité déterminée, met en route une nouvelle centrale à charbon tout en maintenant inchangé son plan de déploiement nucléaire massif. Dieu merci pourrait-on dire, car autrement pour chaque centrale nucléaire non construite, ce seraient deux centrales à charbon additionnelles qu’il faudrait installer.

Un véritable tournant énergétique au plan mondial pourrait vraisemblablement survenir lorsque seront mis sur le marché les divers concepts de centrales de quatrième génération intrinsèquement sûres[8] – ne conduisant à aucun accident grave de fusion du cœur – actuellement en cours de développement (cf. réunion internationale « Generation IV international Forum – GIF » www.gen-4.org/). Malheureusement, l’Allemagne ne peut jouer un rôle exemplaire pour ce tournant énergétique puisque le développement de réacteurs est politiquement interdit depuis des années et qu'en conséquence l’Allemagne s’est retirée du cercle des sept nations constructrices. La perte délibérée de marchés au niveau du milliard ne peut être masquée par la rhétorique incantatoire sur les gigantesques opportunités d’exportation d’éoliennes qu’entre temps les clients restants ont eux-mêmes appris à construire.

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